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Tunisie : À Gabès, la crise écologique liée aux industries chimiques ravive la contestation

Dans la région côtière de Gabès, au cœur de l’oasis de Chatt Essalem, les habitants vivent depuis des décennies dans l’ombre du Groupe chimique tunisien (GCT), installé depuis 1972. Les usines du complexe rejettent dans l’air un cocktail toxique — soufre, ammoniac et fluor — issu de la transformation du phosphate en produits industriels, notamment l’acide phosphorique et les engrais.

Ce nuage chimique persistant a de lourdes conséquences : dégradation de l’écosystème, disparition progressive de la flore locale, augmentation des maladies respiratoires, cas de cancers en hausse. Malgré les mobilisations citoyennes et les appels récurrents au démantèlement des infrastructures polluantes, aucun changement concret n’a encore été engagé.

Entre économie industrielle et urgence sanitaire, Gabès apparaît aujourd’hui comme l’un des symboles les plus frappants de la pollution industrielle en Tunisie.

🔎 Le regard de Com d’Afrik

La situation de Gabès met en lumière une réalité souvent ignorée : la tension entre développement industriel et protection de l’environnement en Afrique du Nord. Si le GCT a longtemps représenté un pilier économique national, la persistance des nuisances pose des questions cruciales de gouvernance environnementale, de transparence et de justice sociale.

Le silence politique autour de ce dossier nourrit un sentiment d’abandon parmi les populations locales, qui voient leur santé et leur cadre de vie sacrifiés au nom d’un modèle industriel désormais contesté. En l’absence d’un plan clair de dépollution ou de transition industrielle, le risque est de voir s’envenimer un conflit social latent, tout en aggravant la situation sanitaire et écologique.

Pour la Tunisie, l’enjeu dépasse Gabès : il s’agit d’une épreuve de crédibilité dans la gestion de ses ressources, de la protection de ses citoyens et de sa capacité à concilier héritage industriel et ambition environnementale.

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