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Tribune – Gabon : après le vote, l’heure de vérité politique

Par Laetitia Mebaley, Consultante en Communication, Leadership et Stratégie

La « Chambre verte ».
Le titre de L’Union ce mardi 14 octobre résonne comme un symbole. Plus qu’un simple jeu de mots sur la couleur dominante du nouveau parti présidentiel, il traduit une recomposition profonde du paysage politique gabonais. Avec 102 sièges sur 136, l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB) s’impose largement, reléguant le Parti Démocratique Gabonais (PDG) au second plan, loin derrière ses décennies d’hégémonie.

Ce raz-de-marée électoral, salué par les partisans du président Brice Clotaire Oligui Nguema comme une confirmation du choix de la refondation, marque une rupture nette avec l’ancien système. Mais il interroge aussi : comment faire vivre le pluralisme politique dans une Assemblée nationale presque unicolore ? Et surtout, comment éviter que la stabilité tant recherchée ne se transforme en uniformité ?

Le Gabon, depuis deux ans, cherche à se réinventer. La transition engagée après le 30 août 2023 avait promis un souffle nouveau, un modèle politique différent, plus inclusif, plus responsable. L’élection présidentielle d’avril dernier, puis ces législatives d’octobre, ont donné au chef de l’État la légitimité des urnes et une base solide pour gouverner. Mais la vraie question commence maintenant : que fera-t-on de ce pouvoir quasi absolu ?

Une majorité aussi large rassure par ce qu’elle garantit : la continuité, la cohérence, la capacité d’agir sans blocage. Elle inquiète aussi par ce qu’elle peut étouffer : le débat, la contradiction, la vigilance. L’UDB, jeune parti devenu machine électorale, devra prouver qu’elle ne sera pas un simple prolongement du pouvoir exécutif, mais un espace de réflexion politique capable d’incarner une nouvelle manière de faire de la politique.

Derrière les chiffres et les discours triomphants, il y a surtout une attente : celle d’un peuple qui veut voir les promesses se transformer en progrès. Les Gabonais ne demandent plus seulement des réformes, ils demandent des résultats. Et la communication politique, à ce stade, ne peut plus être un instrument de célébration, mais un outil de pédagogie. Il ne s’agit plus de dire que le changement est en marche, mais de le montrer, de le démontrer, de l’expliquer.

Cette élection législative referme définitivement une page, celle d’un demi-siècle dominé par le PDG et par une certaine idée du pouvoir. Mais elle n’ouvre pas automatiquement une ère nouvelle : c’est au fil des actes, de la méthode et de la cohérence que se construira la crédibilité du projet Oligui Nguema. Le défi ne sera pas de gouverner sans opposition, mais de gouverner avec conscience.

Le Gabon entre dans une zone de vérité.
Les urnes ont tranché, mais c’est désormais dans la gestion du pouvoir, dans la clarté des choix et dans la sincérité du dialogue que se mesurera la maturité politique du pays. La stabilité est acquise. Reste à savoir si elle sera féconde.

🖋 Laetitia Mebaley
Consultante en Communication, Leadership et Stratégie

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