Au Soudan, la guerre qui oppose depuis 2023 les forces régulières aux paramilitaires plonge la population dans une tragédie sans précédent. Des dizaines de milliers de morts, des millions de personnes déplacées, et une crise que l’ONU qualifie désormais de pire situation humanitaire mondiale.
Sur le terrain, les organisations humanitaires font face à un dilemme insupportable : intervenir là où les besoins sont les plus extrêmes, tout en sachant qu’elles ne pourront pas atteindre tout le monde.
Jérôme Bertrand, responsable logistique pour Handicap International, témoigne d’un quotidien d’une brutalité rare : « Nous sommes forcés de déterminer qui nous pouvons aider, et qui devra attendre… parfois au péril de leur vie. »
Un pays inaccessible et une population abandonnée
Entre routes impraticables, absence totale d’État, banditisme, extorsions et violences quotidiennes, chaque opération de secours devient une course contre la montre.
Dans certaines zones, comme Tawila où affluent aujourd’hui plus de 650 000 rescapés, les humanitaires rencontrent des familles dépouillées de tout, souffrant de malnutrition, de traumatismes et de blessures graves.
La suspension d’une partie de l’aide américaine a aggravé la situation, faisant chuter de 70 % les ressources disponibles au Darfour. Aujourd’hui, seuls 25 % des besoins essentiels sont couverts, laissant des dizaines de milliers de civils dans un état d’abandon total.
Le regard de Com d’Afrik
En tant que média africain, nous ne pouvons qu’alerter sur la dimension historique de cette catastrophe. Ce qui se joue au Soudan dépasse le cadre d’un conflit interne : c’est l’effondrement complet d’un pays de 45 millions d’habitants, sous les yeux d’une communauté internationale qui reste dramatiquement passive.
Nous observons une crise où les humanitaires — dernier rempart avant le chaos total — se retrouvent seuls, débordés, et contraints de prendre des décisions qui ne devraient jamais exister dans un contexte d’intervention humanitaire.
Cette situation montre aussi la fragilité des mécanismes internationaux de protection des civils, incapables de prévenir une dérive meurtrière pourtant annoncée depuis des mois.
Pour Com d’Afrik, le silence mondial autour du Soudan traduit une forme d’acceptation tacite de la souffrance de millions d’Africains. Nous rappelons l’urgence d’une mobilisation diplomatique et humanitaire massive. La neutralité est devenue un luxe que les victimes de cette guerre ne peuvent plus se permettre.