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Sénégal : Nouvelle alerte sur la dette, les établissements ivoiriens fortement exposés

Le 14 novembre 2025, l’agence Standard & Poor’s a révisé à la baisse la note souveraine du Sénégal, désormais classée « CCC+ » en devises étrangères. Ce déclassement intervient dans un contexte d’endettement fortement revu à la hausse, atteignant 119 % du PIB, et de besoins de financement exceptionnels estimés à 29 % du PIB pour l’année 2026. Une configuration qui illustre la dépendance croissante de Dakar aux ressources financières régionales — et plus particulièrement au secteur bancaire ivoirien.

En septembre 2025, les banques ivoiriennes figuraient parmi les acteurs les plus engagés sur la dette sénégalaise, avec plus de 1 800 milliards FCFA de titres, soit environ 3,18 milliards USD. Cela représente près de 3,1 % du PIB ivoirien et surtout 42 % de l’ensemble des souscriptions de dette du Sénégal au sein de l’UEMOA, un niveau jamais atteint jusqu’ici. Leur position centrale s’explique par leur rôle d’intermédiaires pour les investisseurs internationaux souhaitant accéder au marché obligataire régional.

Le Sénégal, fortement tributaire du marché régional dont les taux dépassent désormais les 7 %, devra en 2026 refinancer près de 2 600 milliards FCFA de dette extérieure. Malgré cette conjoncture tendue, le Premier ministre Ousmane Sonko écarte toute hypothèse de restructuration, un message destiné à rassurer mais qui peine à dissiper les inquiétudes des analystes.

Du côté de S&P, la mise en garde est nette : cette exposition croissante constitue un « risque émergent pour l’Union ». Une perte de confiance prolongée envers les obligations sénégalaises pourrait accentuer les tensions de liquidité au sein de l’UEMOA et peser indirectement sur la solidité financière des banques ivoiriennes. Toutefois, l’agence nuance ce scénario : la Côte d’Ivoire reste globalement moins vulnérable, avec seulement 2 % de ses propres titres détenus par des investisseurs étrangers. Les banques ivoiriennes, quant à elles, affichent une robustesse supérieure à la moyenne régionale, avec un ratio de solvabilité de 16,3 % à mi-2025.

LE REGARD DE COM D’AFRIK

Cette révision de notation met en lumière un enjeu plus large : la soutenabilité des dettes publiques dans la région et la capacité des économies ouest-africaines à absorber des chocs externes dans un contexte mondial incertain. Le cas sénégalais révèle la fragilité croissante des États dépendants des marchés régionaux pour financer leurs ambitions, au moment où les marges budgétaires se réduisent.
Pour la Côte d’Ivoire, l’exposition importante à la dette sénégalaise pose une question structurelle : jusqu’où les banques ivoiriennes peuvent-elles continuer à jouer le rôle de stabilisateur régional sans mettre en péril leur propre résilience ?
Enfin, cette situation rappelle l’urgence pour les pays de l’UEMOA d’accélérer les réformes visant à diversifier leurs sources de financement, renforcer la transparence budgétaire et réduire leur vulnérabilité à la perception des marchés. La confiance — plus que jamais — devient un actif stratégique.

 

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