Dans le premier arrondissement de Libreville, le quartier du Lac Bleu est en pleine tourmente. Alors que l’État prépare un important aménagement routier porté par le président Brice Clotaire Oligui Nguema, les habitants affirment avoir été confrontés à un déguerpissement inattendu, sans information préalable, sans accompagnement et sans compensation.
Selon les observations relayées par GabonReview, les premiers marquages annonçant des démolitions imminentes ont provoqué une onde de choc chez les riverains, pris de court et plongés dans une profonde inquiétude.
Le projet prévoit la construction d’une large voie de circulation, destinée à fluidifier l’accès à la Cité de la Démocratie — un chantier présenté comme structurant pour la modernisation de la capitale.
Mais dans le quartier, c’est surtout la manière dont l’opération est menée qui indigne. Toujours d’après GabonReview, aucune notice officielle n’aurait été transmise avant l’arrivée sur place des équipes du cadastre, de la police municipale et des Travaux publics, venues mesurer et identifier les habitations… sans apporter la moindre explication aux familles concernées. Lorsque l’un des agents a été interrogé sur les modalités de relogement ou d’indemnisation, la réponse aurait été reportée à « une prochaine étape », laissant les riverains dans un flou total.
Des familles dans la détresse
La cheffe du quartier Charbonnages Iduku Lac Bleu affirme de son côté n’avoir reçu aucune information administrative : « Aucun document ne m’a été remis », rapporte-t-elle.
Pour de nombreux habitants, le choc est immense. « J’ai construit cette maison à 30 ans. J’en ai 60 aujourd’hui. Où vais-je recommencer ? », témoigne une résidente en pleurs.
Plusieurs maisons portent déjà la mention « à démolir sans délai », plongeant les familles dans une insécurité psychologique et matérielle. Cette situation rappelle tristement les expulsions de Plaine Orety, où de nombreux résidents avaient été déplacés sans solution immédiate, malgré les engagements de la Transition pour des procédures plus humaines.
Les habitants réclament dialogue et justice
Les riverains affirment ne pas s’opposer au projet routier, mais demandent une démarche équitable conforme aux règles en vigueur : inventaire clair, recensement transparent, indemnisations légales, relogement anticipé et communication directe.
Dans l’attente d’une réunion évoquée par des agents de l’ANUTTC, beaucoup disent se sentir « abandonnés ».
Le regard de Com d’Afrik
Pour Com d’Afrik, la situation du Lac Bleu met en lumière un enjeu fondamental : comment concilier modernisation urbaine et respect des droits des citoyens ?
Le Gabon a engagé une dynamique de transformation de ses infrastructures, mais la méthode utilisée dans ce cas interroge la cohérence entre ambition politique et réalité administrative.
L’absence de communication préalable fragilise la confiance entre institution et population, alors même que le pouvoir en place s’est engagé à instaurer des pratiques plus transparentes et humaines.
Au-delà du projet routier, c’est la crédibilité de l’action publique qui se joue : un développement durable ne peut s’inscrire dans la brutalité, mais dans l’écoute, la pédagogie, l’accompagnement et le respect de la dignité des familles affectées.
Le Lac Bleu devient ainsi un test grandeur nature pour évaluer la capacité de l’État à moderniser tout en protégeant les plus vulnérables.