Com d'Afrik

Le Nigeria est à nouveau frappé par un enlèvement de grande ampleur

Dans la nuit de jeudi à vendredi, des hommes armés ont fait irruption à la St Mary’s Catholic School de Tegina, au centre du pays, emportant avec eux **227 élèves et membres du personnel**, selon la Christian Association of Nigeria (CAN).

Les cahiers laissés ouverts, les uniformes abandonnés et les salles désertées témoignent de la brutalité d’une attaque qui s’inscrit parmi les plus importantes depuis le rapt de Kaduna en 2024.

Le président local de la CAN, le révérend Bulus Dauwa Yohanna, a confirmé que certains enfants avaient réussi à s’échapper, sans préciser le nombre. Les autorités, prudentes dans leur communication initiale, ont finalement reconnu l’ampleur de l’incident. Les premières informations relayées par la presse évoquaient seulement 52 élèves enlevés.

Une école avertie mais restée ouverte

Les autorités de l’État du Niger avaient pourtant ordonné la fermeture temporaire des établissements, alertant sur un risque imminent d’attaques coordonnées. Malgré ces avertissements, l’école a maintenu ses activités, exposant ses élèves à l’assaut de groupes armés appelés localement *bandits*.

Les forces de sécurité ont été déployées dans les forêts de Shiroro et Rafi, zones d’opérations habituelles de ces groupes, mais les chances de retrouver rapidement les victimes restent faibles : mobilité, connaissance du terrain, armes modernes… les bandits disposent d’un avantage majeur.

Une semaine marquée par des violences répétées

Cet enlèvement intervient dans un contexte d’escalade inquiétante.

• Le 18 novembre, 25 lycéennes ont été kidnappées dans l’État de Kebbi.

• Le 19 novembre, 38 fidèles ont été enlevés dans une église de l’État de Kwara.

Les ravisseurs exigent des rançons exorbitantes, jusqu’à 100 millions de nairas par otage, dans un pays où le salaire moyen national reste largement inférieur à ces montants.

Les États touchés — Niger, Kebbi et Kwara — sont voisins, révélant une continuité territoriale dans l’activité de ces groupes criminels.

Tensions diplomatiques et pressions internationales

Les États-Unis ont ravivé le débat en accusant Abuja de laisser se développer de « graves persécutions contre les chrétiens ». Des propos qui ont tendu les relations entre Washington et le gouvernement Tinubu, lequel dénonce une lecture biaisée de la situation.

Des discussions sécuritaires de haut niveau ont été engagées entre les deux pays, mais aucune mesure coercitive n’a, pour l’heure, été annoncée.

Tinubu sous pression, entre urgence nationale et critiques internationales

Face à l’onde de choc provoquée par ces rapts, le président Bola Tinubu a annulé plusieurs déplacements diplomatiques, notamment au G20 en Afrique du Sud, pour suivre les opérations en cours.

Le chef de l’État est confronté à un défi majeur : démontrer une réponse structurée alors que les enlèvements de masse minent la confiance des citoyens et paralysent le système éducatif dans plusieurs régions.

🔎 Le regard de Com d’Afrik  

Ce nouvel enlèvement révèle une dynamique inquiétante que Com d’Afrik juge désormais structurelle :

• L’école est devenue l’épicentre de la vulnérabilité au Nigeria, un symbole tragique de l’effondrement sécuritaire. Les bandits ciblent des lieux où l’État peine à assurer une présence constante, transformant les élèves en monnaie d’échange.

• L’avertissement ignoré par l’établissement expose une défaillance de communication et de coordination, signe que l’État, les institutions éducatives et les communautés locales ne fonctionnent plus en synergie face à la menace.

• La réaction internationale, notamment américaine, montre que la crise nigériane dépasse les frontières, alimentant des narratifs géopolitiques parfois instrumentalisés.

• Enfin, la multiplication des kidnappings dans des zones contiguës illustre une capillarité territoriale des groupes armés, capables de frapper simultanément et de contourner les dispositifs sécuritaires officiels.

Pour le Nigeria, l’enjeu n’est plus seulement de libérer les otages, mais de repenser une stratégie nationale de protection des écoles, restaurer la confiance de la population et reprendre le contrôle des territoires où l’État est absent.

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