L’endettement du Gabon atteint désormais un niveau qui dépasse la seule sphère nationale et soulève des inquiétudes à l’échelle régionale. Selon les informations relayées par Africa Intelligence, cette situation pourrait retentir sur le Tchad et la République centrafricaine, deux pays engagés dans des discussions sensibles avec le FMI pour obtenir un appui financier.
Avec une dette publique dépassant les 70 % du PIB, le Gabon, membre clé de la CEMAC, voit sa crédibilité financière affectée. Cette situation réduit sa marge de manœuvre pour financer ses priorités sociales, tout en affaiblissant la perception globale de la zone auprès des institutions financières internationales.
Le FMI, déjà sollicité par plusieurs États de la sous-région, pourrait renforcer ses exigences si l’un des piliers économiques — comme le Gabon — est considéré comme un risque pour la stabilité régionale. Pour le Tchad et la Centrafrique, ce durcissement potentiel pourrait compromettre l’obtention de programmes essentiels de stabilisation ou de relance.
La solidarité monétaire de la CEMAC se retrouve ainsi sous pression : la vulnérabilité d’un membre peut désormais compromettre les perspectives de ses voisins.
📊 Évolution de l’encours de la dette
Les projections de la Banque mondiale annoncent un ratio d’endettement gabonais atteignant 86,1 % du PIB en 2027, nettement au-dessus du critère de convergence fixé à 70 %.
En 2024, la dette s’élevait déjà à 72,5 % du PIB, contre 70,6 % en 2023, alimentée par une hausse des dépenses publiques, des coûts d’emprunt élevés et une meilleure comptabilisation des engagements.
Au 31 mars 2025, la dette publique gabonaise totalisait 7 179,056 milliards FCFA, dont 4 180,741 milliards de dette extérieure et 2 998,315 milliards de dette intérieure, selon la Direction générale de la Dette (DGD).
🔎 Le regard de Com d’Afrik
La situation actuelle révèle un enjeu stratégique dépassant le simple cadre macroéconomique. En tant que moteur économique de la région, le Gabon joue un rôle structurant dans la stabilité financière de la CEMAC. Sa trajectoire d’endettement pose ainsi deux défis majeurs :
1️⃣ La perte de crédibilité collective : un ratio d’endettement trop élevé pourrait amener les partenaires internationaux à revoir leurs conditions de financement pour l’ensemble de la zone, fragilisant ainsi des économies déjà vulnérables.
2️⃣ La nécessité d’une gouvernance budgétaire exemplaire : pour rassurer ses partenaires et protéger ses propres intérêts, le Gabon doit renforcer la transparence, réduire les dépenses non prioritaires et améliorer l’efficacité de ses investissements publics.
L’enjeu n’est donc plus seulement de stabiliser la dette, mais de restaurer la confiance régionale et internationale. Les prochains mois seront déterminants : ils diront si le pays opte pour une stratégie de redressement rigoureuse ou s’il laisse s’installer un risque systémique affectant toute la CEMAC.