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Gabon : Quand le pouvoir reconnaît la fraude… sans en assumer les conséquences

Dans une tribune aussi lucide que dérangeante, Romuald Assogho Obiang, analyste politique et enseignant à l’Université Omar Bongo, questionne la cohérence du discours gouvernemental après la reconnaissance publique de fraudes lors des élections législatives et locales du 27 septembre dernier.
Sous le titre provocateur « Quand le gouvernement s’absout de sa propre fraude », l’auteur met en lumière une contradiction fondamentale : comment un exécutif peut-il avouer une irrégularité électorale tout en refusant d’en tirer les conséquences juridiques et politiques ?

Le paradoxe d’un État juge et partie

Romuald Assogho Obiang dénonce une forme d’« autoabsolution institutionnelle », où l’État se dédouane de sa propre faute au nom de la stabilité.
« On en perdrait son latin », écrit-il, fustigeant une logique à géométrie variable : le même gouvernement qui annule des concours administratifs pour fraude refuse de remettre en cause un scrutin national reconnu comme irrégulier.

L’enseignant souligne que, par la voix de plusieurs ministres, le pouvoir a reconnu l’existence de manipulations électorales, tout en justifiant leur maintien au nom de la « paix sociale » et de « l’équilibre politique ».
Une justification qu’il qualifie de « sophisme d’État », car elle substitue la logique politique à la logique du droit.

La fraude reconnue… mais sanctifiée

Pour Assogho Obiang, cette attitude illustre une dérive inquiétante :

« Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas eu fraude. Ce n’est pas parce que la loi ne la réprime pas. C’est parce que ceux qui la dénoncent appartiennent à une minorité politique. »

Une phrase lourde de sens, qui met en exergue une fracture morale au sein même de l’État : la légitimité politique semble primer sur la vérité juridique.
Dans un contexte où les autorités prônent la moralisation de la vie publique, cette posture apparaît comme une contradiction majeure et un désaveu du discours de refondation morale.

Le regard de Com d’Afrik 👁️

Cette tribune agit comme un miroir tendu au pouvoir : elle renvoie au cœur du débat sur la sincérité du processus de refondation engagé depuis la transition.
L’analyse de Romuald Assogho Obiang souligne la fragilité de la confiance citoyenne et interroge la crédibilité des réformes annoncées.
Com d’Afrik y voit une alerte démocratique : un État qui banalise la fraude s’expose à la défiance, au cynisme politique et à la désagrégation morale de ses institutions.

Si la Cinquième République veut se bâtir sur des fondations solides, la vérité électorale doit cesser d’être un tabou politique.

 

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