Gabon : L’hôtel Pozzo di Borgo menacé de vente forcée pour 80 milliards FCFA
Com dAfrik / 10 minutes
7 novembre 2025
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Le Gabon risque de perdre l’un de ses symboles diplomatiques historiques : l’hôtel particulier Pozzo di Borgo, situé dans le 7ᵉ arrondissement de Paris, qui abrite depuis des décennies l’ambassade gabonaise en France.
Selon Africa Intelligence, l’État gabonais doit régler 120,4 millions d’euros (soit environ 80 milliards FCFA) dans un délai de trois mois, faute de quoi le bien pourrait être vendu aux enchères.
Le litige remonte à un protocole d’accord signé le 26 janvier 2024 entre le Gabon et la société Santullo-Sericom, héritière de l’homme d’affaires italien Guido Santullo, décédé en 2018.
Dans le cadre de cet accord, Libreville s’était engagé à verser 90 millions d’euros en trois mois pour lever des saisies, un engagement que le gouvernement actuel conteste désormais, le jugeant “frappé de nullité”.
L’affaire a déjà eu des répercussions politiques : Jean-Paul Komanda, ancien président du Conseil d’État et principal artisan de l’accord, a été démis de ses fonctions en août 2024, accusé d’avoir “bradé les intérêts de la République”.
Le 9 octobre 2025, une saisie immobilière a été lancée, mais le Gabon a interjeté appel et saisi la cour d’appel de Paris en référé pour suspendre la procédure. L’audience est prévue en janvier 2026, date butoir avant une éventuelle vente.
Acquis en 1985 sous Omar Bongo, le Pozzo di Borgo n’est pas seulement un immeuble de prestige, mais aussi un symbole du rayonnement diplomatique gabonais à l’international.
Sa perte représenterait un revers majeur, tant sur le plan symbolique que juridique, à un moment où le régime d’Oligui Nguema cherche à restaurer la crédibilité de l’État gabonais sur la scène mondiale.
La menace qui pèse sur le Pozzo di Borgo illustre un enjeu crucial : la fragilité juridique des biens de l’État à l’étranger.
Pour Com d’Afrik, cette affaire dépasse le simple cadre immobilier. Elle révèle les conséquences durables des décisions politiques et administratives passées, et souligne la nécessité pour le Gabon de renforcer ses mécanismes de protection et de suivi juridique pour ses patrimoines diplomatiques.
La situation est également symboliquement lourde : perdre ce bâtiment, qui incarne plus de trois décennies de présence diplomatique, pourrait être perçu comme un affaiblissement du statut international du pays.
Dans un contexte de restructuration de la gouvernance et de restauration de l’image de l’État, cette affaire devient un test pour la capacité du Gabon à défendre ses intérêts à l’international, tout en envoyant un message fort sur l’importance de la rigueur et de la prudence dans les accords passés.