À l’approche de la composition du prochain gouvernement, une discussion institutionnelle majeure revient sur le devant de la scène : celle de la non-compatibilité entre un poste ministériel et un mandat parlementaire.
L’Article 73 de la Constitution gabonaise est pourtant sans équivoque :
« Les fonctions de membre du gouvernement sont incompatibles avec l’exercice d’un mandat parlementaire. »
Si le principe est clair, son application, elle, suscite de nombreuses interrogations. Car au-delà du texte, c’est la cohérence démocratique qui est questionnée : comment prétendre à une séparation des pouvoirs effective lorsque ceux qui rejoignent l’exécutif sont, dans certains cas, encore associés au législatif ?
Et surtout, comment garantir que les citoyens soient réellement représentés lorsque leurs élus quittent le Parlement pour entrer au gouvernement, souvent sans anticipation ni consultation ?
Dans les rues de Libreville comme en province, le sujet fait réagir.
Firmino G., visiblement agacé, résume un sentiment partagé :
« On vote pour quelqu’un pour qu’il porte nos préoccupations, mais quelques semaines après il est au gouvernement… Et nous, qui nous représente ? »
Sarah Mboumba, jeune professionnelle, ajoute :
« Un ministre ne peut pas être à la fois celui qui conçoit les lois et celui qui doit les contrôler. On mélange les rôles. »
D’autres dénoncent une forme d’abus :
« Si on sait qu’on vise un poste au gouvernement, pourquoi se présenter comme député ? Les citoyens ne sont pas des tremplins politiques. »
Au-delà des réactions, de vraies questions structurelles émergent :
- Faut-il revoir les procédures qui encadrent la vacance d’un siège parlementaire ?
- Les suppléants disposent-ils d’une légitimité suffisante pour représenter des électeurs qu’ils n’ont parfois jamais rencontrés ?
- Comment garantir une transparence totale dans les transitions entre mandats ?
Alors que le Gabon s’engage dans une dynamique de réformes et de modernisation institutionnelle, cette problématique est loin d’être un détail technique : elle touche au cœur de la confiance entre gouvernants et gouvernés.
Au moment où le nouveau gouvernement s’apprête à être officialisé, une question demeure :
sera-t-il l’occasion de réaffirmer strictement le principe constitutionnel, ou assistera-t-on à la poursuite d’une pratique ambiguë que beaucoup de Gabonais jugent aujourd’hui difficile à accepter ?
🔎 Le regard de Com d’Afrik
Ce débat resurgissant n’est pas anodin. En tant que média panafricain, notre analyse met en évidence trois points essentiels :
1. Un enjeu de crédibilité institutionnelle
À l’heure où le pays affirme vouloir renforcer la transparence et la modernité de l’État, toute incohérence entre la Constitution et la pratique fragilise la confiance citoyenne.
Si l’incompatibilité existe, elle doit être appliquée sans interprétation variable.
2. Une tension entre logique politique et exigences démocratiques
La tentation de placer au gouvernement des personnalités fraîchement élues — souvent populaires — crée un désalignement entre stratégie politique et représentation citoyenne.
Ce phénomène brouille la lisibilité de l’action publique et alimente le sentiment d’abandon des électeurs.
3. La nécessité de clarifier le rôle des suppléants
Dans plusieurs circonscriptions, les suppléants apparaissent davantage comme des solutions administratives que comme de véritables représentants.
Le défi consiste à repenser leur légitimité démocratique et leur place réelle dans le fonctionnement parlementaire.