Com d'Afrik

Gabon : des entraves internes minent la continuité de l’action publique

Le Conseil des ministres du 4 décembre 2025 a mis en lumière un constat préoccupant au sein de plusieurs départements ministériels. Le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a présenté un état des lieux sans indulgence, révélant des comportements internes qui fragilisent l’efficacité de l’appareil gouvernemental, particulièrement durant cette phase intérimaire.

Selon les éléments exposés, certains ministères placés sous intérim rencontrent des résistances inattendues : plusieurs cabinets de ministres sortants refuseraient de transmettre les dossiers en leur possession, invoquant la possible réintégration prochaine de leurs titulaires.
Une attitude qui porte atteinte au principe de continuité de l’État et bloque le suivi des actions publiques.

Ce phénomène n’est pas nouveau. Déjà lors de la mise en place de la nouvelle méthodologie de coordination gouvernementale, un rapport du Secrétariat général du gouvernement avait relevé des dérives significatives, allant à l’encontre de l’éthique administrative et compromettant la bonne marche des services publics.

Des actes de sabotage qui bloquent la machine administrative

Le rapport mentionne notamment des interventions directes de certains directeurs de cabinet auprès des services opérationnels, court-circuitant la hiérarchie représentée par le Secrétaire général.
Une pratique qui affaiblit l’autorité administrative, crée un désordre dans la chaîne de commandement et génère des tensions internes.

S’y ajoutent d’autres dysfonctionnements structurels :

  • absence de distinction claire entre missions politiques (assurées par les cabinets) et responsabilités administratives (relevant des secrétariats généraux),
  • circuits d’information parallèles entre cabinets et administration,
  • doublons dans le traitement des dossiers, incohérences, retards et pertes de temps considérables.

Face à ces dérives, le chef de l’État a rappelé avec fermeté la nécessité absolue de respecter l’impersonnalité des fonctions et de garantir la continuité de l’action publique. Il a exigé la fin immédiate de ces comportements et la coopération de tous les acteurs impliqués.

🔎 Le regard de Com d’Afrik

Cette situation révèle un problème structurel profond : trop souvent, l’administration gabonaise se retrouve otage de logiques personnelles, partisanes ou de clan, au détriment de l’intérêt général.
Ces pratiques, loin d’être anodines, démontrent une fragilité institutionnelle qui persiste depuis des années : confusion des rôles, chevauchements de responsabilités, absence de culture administrative claire, et surtout manque de mécanismes de contrôle réellement dissuasifs.

Pour un pays qui aspire à l’efficacité et à la transparence, ces actes de blocage interne sont un véritable handicap. La continuité de l’État ne peut dépendre de la bonne volonté de quelques agents. Elle doit reposer sur des protocoles solides, respectés et contrôlés.
L’enjeu dépasse largement la simple passation de dossiers : il s’agit de restaurer la confiance du citoyen dans une administration capable de fonctionner, même en période de transition.

L’avenir de la réforme administrative au Gabon se jouera sur la capacité des institutions à imposer la discipline, à clarifier les attributions et à sanctionner sans hésitation les comportements qui compromettent l’intérêt général.

 

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