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Gabon : CECA-GADIS réduit drastiquement son réseau pour préserver sa survie

Le paysage de la grande distribution gabonaise est en pleine turbulence. CECA-GADIS, acteur majeur du secteur depuis plusieurs décennies, engage une restructuration de grande ampleur afin de stopper sa chute financière. L’entreprise prévoit de fermer 43 magasins, ramenant son parc commercial de 103 à environ 60 points de vente — une contraction de près de 40 %.

Isabelle Essonghe, directrice générale du groupe et responsable des enseignes Gaboprix, Cecado, Ida, Maxigros et Intergros, assume ce virage stratégique qu’elle qualifie de « nécessaire pour éviter un effondrement total ». Dans un entretien accordé au quotidien L’Union, elle alerte sur le risque imminent : « Sans mesures fortes, la CECA-GADIS pourrait disparaître ».

Un modèle fragilisé depuis la fin des soutiens publics

Historiquement accompagné par des subventions et exonérations depuis 1967, le groupe a vu sa situation se détériorer après la suppression de ces aides en janvier 2018. Depuis, les signaux financiers sont passés au rouge :

  • recul de 11 % du chiffre d’affaires en 2024,
  • baisse de 13 % du résultat d’exploitation pour Gaboprix,
  • chute de 18 % du résultat net global.

Isabelle Essonghe reconnaît que plusieurs enseignes sont structurellement déficitaires et tirent l’ensemble du groupe vers le bas.

Un recentrage vital pour préserver 2 000 emplois

La direction explique que cette réduction d’échelle est un passage obligé pour maintenir l’emploi et sauvegarder l’outil de distribution. CECA-GADIS, qui représente environ 2 000 emplois directs et indirects, cherche à éviter une faillite qui aurait un impact social massif.

Un plan stratégique pour relancer la machine

Le groupe déploie actuellement son programme « Excellence 2024-2027 », conçu autour de trois priorités :

  • amélioration de l’efficacité opérationnelle,
  • digitalisation de la chaîne de valeur,
  • gouvernance renforcée.

Une autre orientation clé : le développement de circuits courts via des partenariats renforcés avec les PME, producteurs locaux et acteurs de l’agroalimentaire gabonais. Objectif : réduire la dépendance aux importations et dynamiser l’économie nationale.

CECA-GADIS envisage également un accompagnement pour les futurs repreneurs de magasins fermés, en leur offrant un soutien logistique et un transfert de compétences afin de favoriser l’émergence de nouveaux acteurs locaux de la distribution.

Le regard de Com d’Afrik

Pour Com d’Afrik, cette restructuration marque un tournant critique pour la grande distribution au Gabon. Elle révèle à la fois les limites d’un modèle longtemps soutenu par l’État et les défis d’une transition vers une économie plus compétitive et autonome.

L’un des éléments majeurs est la fragilité chronique des chaînes d’approvisionnement, fortement dépendantes de l’étranger. Dans un contexte de hausse mondiale des coûts logistiques et de volatilité des prix, les enseignes locales se retrouvent sous forte pression. CECA-GADIS en paie aujourd’hui le prix.

D’un point de vue journalistique, cette situation pose une question stratégique : comment moderniser la distribution gabonaise sans sacrifier l’accessibilité alimentaire pour les populations ? La fermeture massive de points de vente, notamment dans les quartiers populaires, pourrait créer des zones de fragilité où l’accès aux produits de base deviendra plus difficile.

Enfin, cette crise doit être observée comme une opportunité pour repenser le secteur : encourager les circuits courts, soutenir les PME locales, dynamiser le commerce de proximité et favoriser l’innovation logistique. La restructuration de CECA-GADIS peut être un catalyseur de transformation, à condition que les acteurs publics et privés travaillent de concert.

 

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