Fraudes électriques au Gabon : une hémorragie financière qui fragilise la SEEG
Com dAfrik / 5 jours
29 octobre 2025
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Chaque année, la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG) enregistre des pertes colossales estimées entre 30 et 40 milliards de FCFA, conséquence directe des fraudes sur le réseau électrique.
Ces pertes ne proviennent pas uniquement des branchements clandestins, mais également des raccordements illégaux, des détournements techniques et des manipulations sophistiquées sur les compteurs.
Dans un entretien accordé au quotidien L’Union, l’Administrateur-Directeur Général de la SEEG, Steeve Saurel Legnongo, a reconnu l’ampleur du phénomène :
« Environ 30 % de notre production d’électricité est perdue ou non facturée. Et 25 % de cette perte est directement liée à la fraude. »
Une réalité alarmante, lorsque l’on sait que ces montants pourraient être réinvestis dans la modernisation du réseau, la réduction des délestages ou encore la baisse des tarifs pour les usagers honnêtes.
🔍 Des fraudeurs de plus en plus ingénieux
La SEEG fait face à des pratiques de fraude de plus en plus élaborées :
Branchements illégaux sur le réseau public,
Altération des compteurs ou contournement des dispositifs de mesure,
Utilisation de transformateurs non certifiés,
Raccordements clandestins via des clients réguliers.
Certaines opérations sont si perfectionnées qu’elles passent inaperçues, obligeant la SEEG à déployer 780 agents de contrôle équipés de technologies de détection avancées : caméras thermiques, capteurs intelligents et analyse de données.
Un nouveau système numérique de traçabilité des consommations sera d’ailleurs mis en place dès 2026 pour renforcer la transparence.
⚠️ Un préjudice collectif
Pour Steeve Saurel Legnongo, la fraude n’impacte pas seulement la SEEG :
« Ce sont les clients payants qui subissent les hausses de tarifs, les coupures fréquentes et les investissements retardés. »
Les conséquences se répercutent sur l’ensemble du pays : hôpitaux, écoles, entreprises et ménages pâtissent de cette insécurité énergétique.
C’est pourquoi la société a lancé une campagne nationale de sensibilisation, invitant chaque citoyen à signaler les branchements illégaux et à devenir acteur de la transparence énergétique.
Derrière ces chiffres, se cache un véritable enjeu de gouvernance énergétique. La fraude électrique n’est pas seulement un acte individuel illégal, mais un symptôme d’un système sous tension : précarité économique, méfiance envers les institutions, et perception d’un service public défaillant.
La SEEG se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins : entre modernisation technologique et reconstruction de la confiance citoyenne.
Mais la réussite de cette lutte dépendra surtout d’un changement culturel : tant que l’électricité sera perçue comme un bien auquel on peut accéder sans contribution équitable, les pertes continueront de miner l’équilibre du secteur.
Le défi, désormais, est de rendre la transparence énergétique collective et durable, afin que chaque watt perdu ne soit plus une dette pour l’avenir.