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Eswatini : Washington finance l’accueil de personnes expulsées, un accord discret qui interroge

Le royaume d’Eswatini a reconnu pour la première fois, ce lundi 18 novembre, avoir perçu 5,1 millions de dollars des États-Unis en contrepartie de l’arrivée progressive de 160 personnes expulsées du territoire américain.
Ce pays d’Afrique australe, connu autrefois sous le nom de Swaziland, fait partie des États africains sollicités par Washington pour héberger des individus considérés comme non désirés, à l’instar du Rwanda, du Soudan du Sud ou de l’Ouganda.

Depuis juillet, 15 hommes ont déjà été transférés vers Eswatini et incarcérés. Les défenseurs des droits humains dénoncent ces relocalisations conclues dans la discrétion, les assimilant à des pratiques de trafic d’êtres humains.

Un accord révélé sous pression parlementaire

Lors d’une session houleuse au Parlement, le ministre des Finances Neal Rijkenberg a confirmé avoir reçu la somme évoquée par l’ONG Human Rights Watch dans un document divulgué.
Selon ses déclarations, son ministère n’a jamais été associé aux négociations et ignore encore les responsables exacts ayant validé cet accord côté américain comme eswatinien.

Le premier groupe — cinq personnes — est arrivé mi-juillet. L’un d’eux, de nationalité jamaïcaine, a pu repartir vers son pays en septembre. Début octobre, dix autres hommes ont atterri dans le royaume à bord d’un avion militaire.

Washington qualifie ces expulsés d’« étrangers criminels », évoquant des condamnations graves. Pour leurs avocats, ces hommes avaient déjà purgé leurs peines avant leur interpellation par les services américains de l’immigration.

Des fonds officiellement dédiés à la gestion migratoire

Parmi les 14 détenus encore présents dans le centre correctionnel de Matsapha — une prison également connue pour abriter des opposants politiques — figurent un Cubain, un Yéménite, un Laotien, plusieurs Vietnamiens, un Philippin et un Cambodgien.

L’accord prévoyait que les 5,1 millions de dollars servent au renforcement des capacités migratoires du pays. Pourtant, l’argent aurait été directement déposé sur le compte de l’Agence nationale de gestion des catastrophes (NDMA), structure qui, selon le ministre, ne dispose pas du pouvoir légal d’utiliser ces fonds.

Depuis 1986, Eswatini est dirigé par le roi Mswati III, souverain absolu qui contrôle l’appareil politique du pays et dont le train de vie contraste avec la situation économique de ses citoyens.

Le regard de Com d’Afrik

En tant que média africain, nous observons dans cet épisode un révélateur de rapports de force persistants entre grandes puissances et États africains.
L’accord conclu entre Washington et Eswatini ne soulève pas seulement des questions juridiques : il interroge la transparence des gouvernements concernés, la faiblesse institutionnelle de certains États africains face à la pression internationale et les risques de dérives en matière de droits humains.

Cette situation met également en lumière une pratique inquiétante : l’externalisation des politiques migratoires par les grandes puissances vers des pays aux institutions fragiles, souvent sans débat public ni garanties sur le traitement des personnes transférées.
Pour Com d’Afrik, ce type d’arrangement rappelle que la géopolitique migratoire est devenue un marché où les vies humaines servent parfois de monnaie d’échange.

Il est essentiel que les gouvernements africains, tout comme les organismes régionaux, exigent des accords transparents, respectueux du droit international, et centrés sur la dignité humaine. L’Afrique ne peut se permettre de devenir une zone de relégation pour les politiques migratoires d’autres nations.

 

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