Énergie au Gabon : le nucléaire, une option à reconsidérer ?
Com dAfrik / 2 mois
31 octobre 2025
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Alors que le Gabon continue de faire face à un déficit énergétique persistant et à des délestages récurrents, la question d’une diversification énergétique sérieuse refait surface.
La solution turque, particulièrement coûteuse et peu probante pour les ménages comme pour l’économie, ravive le débat : et si le nucléaire faisait partie des pistes d’avenir pour notre pays ?
L’ancien Directeur général de l’Environnement, Louis-Léandre Ebobola Ntsibah, rappelle qu’à la fin des années 1980, sous le président Omar Bongo, le Gabon avait envisagé la construction d’une centrale nucléaire de 1 000 MW — un projet abandonné après les catastrophes de Tchernobyl (1986) puis de Fukushima (2011).
Selon lui, si le nucléaire pourrait assurer au Gabon une indépendance énergétique totale et même ouvrir la voie à l’exportation, les défis restent majeurs :
coûts initiaux colossaux,
exigences de sécurité extrêmes,
maîtrise technologique,
gestion des déchets radioactifs,
risque d’endettement massif.
Pour l’expert, le nucléaire n’est pas une option impossible, mais il demeure aujourd’hui disproportionné face aux capacités financières, technologiques et institutionnelles du pays. La priorité devrait rester tournée vers l’hydroélectricité, le solaire et le gaz naturel — des solutions réalistes, éprouvées et durables à court et moyen terme.
Ce débat énergétique pose une question fondamentale : le Gabon cherche-t-il un modèle énergétique adapté à sa réalité ou tente-t-il de suivre une vision de puissance symbolique ?
Si l’ambition nucléaire peut séduire, elle exige une stabilité institutionnelle, une gouvernance technique irréprochable, et un écosystème scientifique robuste — trois conditions encore fragiles aujourd’hui. Le pays n’a pas encore démontré sa capacité à entretenir durablement ses infrastructures actuelles, comme en témoigne le cas de la SEEG.
Cependant, ignorer l’évolution mondiale serait une erreur. Plusieurs pays africains étudient le nucléaire civil comme levier stratégique. Le Gabon doit donc préparer le terrain :
renforcer la formation scientifique,
bâtir une expertise énergétique locale,
garantir transparence et rigueur dans la gestion des projets.
Ce n’est pas le moment de se lancer, mais c’est le moment d’y penser avec méthode. La souveraineté énergétique est un objectif noble, mais elle doit reposer sur des fondations solides, progressives et maîtrisées.