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Électricité : la solution Karpowership, un pari coûteux pour le Gabon

Alors que les délestages rythment encore le quotidien des foyers gabonais, la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG) tente de calmer les inquiétudes. Selon son Directeur Général, Steve Saurel Legnongo, le pays ne traverse pas une panne généralisée, mais une phase de transition énergétique complexe.

Les défis sont nombreux : infrastructures vieillissantes, production hydraulique affaiblie et dépendance croissante aux centrales thermiques. Le barrage de Tchimbélé, pourtant vital pour le Grand Libreville, ne fonctionne qu’à 40 % de sa capacité, son niveau d’eau ayant chuté bien en dessous de la normale.

Pour pallier ce déficit, la SEEG prévoit l’intégration d’une centrale thermique flottante de 150 MW, fournie par le groupe Karpowership. Si cette solution provisoire pourrait soulager les tensions électriques à Libreville, son coût exorbitant — évoqué à plusieurs centaines de millions de francs CFA par mois — interroge sur sa soutenabilité à long terme.

Pire encore, des sources internes révèlent que la centrale turque, baptisée « Deniz Sultan », rencontrerait des problèmes techniques de compatibilité avec les installations locales, retardant son raccordement au réseau national.

Face à cette situation, la SEEG maintient deux priorités : moderniser les infrastructures et diversifier la production.
Des projets hydroélectriques (Kinguelé-Aval, Nguémédi, Impératrice) sont en cours, tandis que le solaire et l’éolien émergent comme de nouvelles pistes. Objectif : atteindre 80 % d’électricité hydraulique d’ici 2030, contre 54 % actuellement.

👁️ Le regard de Com d’Afrik

Le dossier Karpowership illustre une contradiction profonde dans la stratégie énergétique gabonaise : la recherche urgente de solutions face à la crise, au détriment parfois de la cohérence économique et technique.
Si l’introduction d’une centrale flottante peut apparaître comme un remède immédiat, elle pose des questions de viabilité financière, de transparence contractuelle et de souveraineté énergétique.

La dépendance à des solutions importées, souvent coûteuses et temporaires, montre les limites d’une politique réactive plutôt que proactive.
Pour restaurer la confiance du public, la SEEG devra démontrer que cette démarche s’inscrit dans une vision globale et durable, et non dans la simple gestion de crise.

À terme, l’avenir énergétique du Gabon repose sur un équilibre entre urgence et anticipation, innovation locale et maîtrise des coûts.
Le véritable défi n’est pas seulement d’éclairer le pays, mais de le faire durablement et de manière souveraine.

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