Le malaise est profond au ministère des Eaux et Forêts. Cette semaine, les agents ont déclenché un mouvement de grève pour dénoncer une situation devenue, selon eux, intenable : quinze mois d’arriérés de salaires cumulés, une gouvernance jugée défaillante et de sérieuses zones d’ombre dans la gestion des ressources financières et matérielles.
À Libreville, un rassemblement inhabituel a été observé sur le parking du ministère, traduisant l’exaspération croissante du personnel. À l’initiative de cette mobilisation, le Syndicat national des agents des Eaux et Forêts (Synapef), qui réclame le paiement immédiat de cinq trimestres d’arriérés, représentant près de 15 mois de rémunérations impayées.
Le président du Synapef, Guy Roger Pambou, a tenu à rappeler le fondement légal de la grève. « Le Code du travail est explicite. Lorsqu’un préavis est régulièrement déposé et que le délai légal est dépassé sans réponse satisfaisante, le syndicat doit revenir devant l’assemblée générale. Celle-ci a décidé d’entrer en grève », a-t-il expliqué. Le mouvement, précise-t-il, se déroule dans le strict respect des textes en vigueur, avec la mise en place d’un service minimum afin de garantir la continuité des missions essentielles.
Mais au-delà de la question salariale, le Synapef met en lumière une crise de gouvernance plus large. Les agents dénoncent notamment la réduction drastique de l’enveloppe budgétaire liée à l’application de l’arrêté 43, passée de 750 millions à moins de 400 millions de francs CFA. Une baisse jugée incompréhensible au regard des besoins opérationnels du ministère.
D’autres préoccupations alimentent le mécontentement : le flou entourant près de 300 ordinateurs acquis dans le cadre du projet Padeg, la destination de véhicules achetés en 2023, ainsi que l’opacité persistante sur la répartition effective des 3 000 postes budgétaires annoncés par la Présidence de la République. Autant d’éléments qui, selon le syndicat, fragilisent la crédibilité de l’administration et nourrissent un climat de défiance généralisée.
Face à cette situation, le Synapef en appelle directement à l’arbitrage du chef de l’État. Le syndicat sollicite une intervention présidentielle afin de rétablir la transparence, assainir la gouvernance et restaurer la confiance au sein du ministère des Eaux et Forêts. En attendant, la grève se poursuit, dans un contexte social déjà tendu au sein de l’administration publique gabonaise.
🖋️ Le regard de Com d’Afrik
Cette grève dépasse la seule revendication salariale. Elle révèle une fois de plus les fragilités structurelles de certaines administrations publiques, où les agents deviennent les premières victimes d’une gouvernance imprécise et peu lisible. Quinze mois d’arriérés de salaires ne relèvent plus de la conjoncture, mais d’un dysfonctionnement grave. À l’heure où les autorités prônent la rigueur, la transparence et la restauration de l’autorité de l’État, le dossier des Eaux et Forêts constitue un test de crédibilité. La réponse apportée déterminera non seulement l’issue de ce conflit social, mais aussi la confiance future des agents envers l’action publique.