Distribution : CECA-GADIS réduit son réseau national avec la fermeture de 43 points de vente
Com dAfrik / 18 minutes
17 novembre 2025
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Un séisme dans le secteur de la distribution gabonaise.
Le groupe CECA-GADIS a annoncé lors de son plus récent Conseil d’administration la fermeture de 43 magasins de proximité — notamment les enseignes Cecado et Gaboprix — ramenant son réseau de 103 à environ 60 points de vente, révèle L’Union.
Cette décision touche 7 provinces : l’Estuaire, la Ngounié, la Nyanga, l’Ogooué-Lolo, le Haut-Ogooué, le Woleu-Ntem et l’Ogooué-Ivindo.
Pour Isabelle Essonghe, administratrice-directrice générale du groupe, cette restructuration trouve son origine dans l’arrêt, en 2018, de l’appui de l’État.
Un soutien qui, depuis 1967, permettait à CECA-GADIS de jouer plusieurs rôles essentiels :
stabiliser les prix,
garantir une offre accessible et de proximité,
maintenir des magasins même dans les zones les plus enclavées,
contribuer au développement local et à l’aménagement du territoire.
La fin de cette aide a fortement fragilisé l’entreprise, entraînant une détérioration progressive de ses performances, jusqu’à un recul de 18 % du résultat net en 2024.
« La suppression brusque de cet accompagnement a freiné notre développement et affaibli nos performances ces huit dernières années », explique Isabelle Essonghe.
Elle souligne également que le groupe a, malgré la crise, choisi de ne pas engager immédiatement de mesures radicales telles que des licenciements économiques ou des fermetures massives, maintenant son réseau alors même que le chiffre d’affaires diminuait chaque année.
« Au cours des dix dernières années, nos bénéfices ont surtout servi à absorber nos obligations fiscales. Tous nos segments sont sous pression. L’année 2025 ne fait pas exception, mais nous restons déterminés à redresser la trajectoire », précise l’ADG dans un entretien accordé à L’Union.
Pour Com d’Afrik, cette décision marque un tournant majeur dans l’histoire de la distribution au Gabon. CECA-GADIS, longtemps considéré comme un pilier de l’approvisionnement national, se retrouve aujourd’hui confronté à une équation complexe où la viabilité économique prime sur la mission sociale et territoriale.
La disparition de l’accompagnement étatique a révélé la fragilité d’un modèle fondé sur un équilibre délicat entre service public et logique commerciale. Sans soutien, l’entreprise doit désormais affronter :
une concurrence informelle de plus en plus structurée,
une pression fiscale élevée,
une baisse du pouvoir d’achat des ménages,
et un maillage territorial coûteux à maintenir.
La fermeture de 43 magasins représente bien plus qu’une simple optimisation : elle redessine la carte commerciale du pays et risque d’accentuer les disparités territoriales, notamment dans les zones rurales où CECA-GADIS constituait parfois l’unique point d’accès à des produits essentiels.
La question est désormais de savoir si cette restructuration permettra réellement au groupe de retrouver sa solidité ou si elle ouvre la voie à un changement profond dans les habitudes de consommation et l’organisation du commerce de proximité au Gabon.