Dépenses publiques au Gabon : la Cour des comptes sonne l’alerte sur des dépassements inquiétants
Com dAfrik / 10 minutes
17 novembre 2025
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Le rapport d’exécution du budget 2024 met en lumière des dérives préoccupantes dans la gestion des finances publiques. Selon la Cour des comptes, plusieurs postes budgétaires ont été consommés bien au-delà des montants votés par le Parlement, révélant un manque de contrôle significatif.
Parmi les exemples les plus marquants :
Les dépenses de personnel ont atteint 791,6 milliards FCFA contre une prévision de 771,7 milliards, soit un dépassement de 20 milliards FCFA.
Les primes et indemnités ont explosé à 360 % de la dotation initiale, signe d’une dérive incontrôlée des avantages catégoriels.
Dans le secteur de la défense et de la sécurité, les crédits ont été consommés à 242 %, et les institutions politiques et administratives à 178 %. Même les baux administratifs ont dépassé les limites à 185 %.
Ces dépassements répétés révèlent un non-respect de la loi organique relative aux lois de finances (LOLFEB). Le principe fondamental d’autorisation parlementaire a été contourné, avec des engagements pris sans validation du Parlement, affaiblissant le contrôle démocratique des finances publiques. La Cour pointe notamment le recours excessif aux crédits d’avance et aux ajustements internes non documentés.
Paradoxalement, ces excès profitent souvent à des programmes non prioritaires, alors que des secteurs cruciaux comme la santé, l’éducation et la protection sociale peinent à atteindre 60 % d’exécution, certains projets restant même inexécutés faute d’arbitrage clair. La Cour dénonce ainsi un déséquilibre structurel dans la priorisation des dépenses.
Ces constats mettent en lumière une fragilité persistante de la gouvernance budgétaire au Gabon. Si les dépassements de crédits concernent des dépenses visibles et attractives, les secteurs vitaux pour le développement humain continuent d’être sous-financés.
Le rapport de la Cour souligne un défi majeur : réconcilier rigueur financière et efficacité des politiques publiques. Sans mécanismes de contrôle transparents et une coordination renforcée entre le Parlement et les ministères, les budgets risquent de rester des outils théoriques plutôt que des instruments de transformation concrète.
Pour Com d’Afrik, la question n’est pas seulement technique : elle touche à la crédibilité de l’État, à la confiance des citoyens et des partenaires internationaux. La discipline budgétaire, la planification stratégique et la transparence sont désormais des impératifs pour éviter que les dépassements ne deviennent la norme.