Le dernier rapport de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), publié en juin 2025, met en lumière une dérive inquiétante : la hausse des créances en souffrance au sein du système bancaire sous-régional.
Celles-ci atteignent désormais 17,4 % des crédits bruts au 31 mars 2025, contre 16,6 % un an plus tôt. Une évolution jugée « maîtrisée » sur le papier, mais qui traduit en réalité une dégradation progressive de la qualité des portefeuilles de crédit dans les six États membres de la CEMAC.
Une solidité financière en trompe-l’œil
Les banques affichent encore une trésorerie excédentaire de 9 097,6 milliards de FCFA, soit 35 % de leur bilan global — un chiffre en hausse de 699 milliards sur un an.
Mais derrière cette apparente santé financière se cache une fragilité structurelle : la multiplication des créances non performantes (impayées, douteuses ou immobilisées) qui grèvent la rentabilité et freinent la capacité de financement de l’économie réelle.
Selon la BEAC, le volume total des créances en souffrance a été multiplié par quatre en dix ans, passant de 495 milliards FCFA en 2012 à 1 917,9 milliards en 2022. Cette tendance trouve son origine dans plusieurs facteurs :
- Des failles de gouvernance interne au sein de certaines institutions bancaires ;
- Une évaluation insuffisante des risques de crédit ;
- Et surtout, les retards de paiement chroniques des États, qui affectent la solvabilité des entreprises, notamment celles du secteur public.
Des risques macroéconomiques à surveiller
Face à ce constat, la Commission bancaire d’Afrique centrale (COBAC) a exhorté, lors de sa réunion du 23 juin à Bangui, les établissements financiers à renforcer leurs dispositifs de suivi et de recouvrement.
Car au-delà des pertes comptables, ces créances dégradées menacent la transmission de la politique monétaire et la dynamique du crédit, avec un risque réel de ralentissement de la croissance régionale — prévue à seulement 2,6 % en 2025, selon les projections de la BEAC.
Le regard de Com d’Afrik 👁️
Cette alerte de la BEAC met en évidence un déséquilibre profond : des banques riches en liquidités mais incapables d’assumer pleinement leur rôle de levier économique.
Le paradoxe est flagrant : alors que la trésorerie abonde, la peur du risque et la qualité dégradée des portefeuilles créent une crise silencieuse du crédit.
Pour Com d’Afrik, le véritable défi n’est plus seulement financier, mais structurel et moral : il s’agit de restaurer la confiance entre l’État, les entreprises et les banques.
Sans une gouvernance plus rigoureuse et une culture du remboursement solidement ancrée, la stabilité monétaire de la CEMAC pourrait n’être qu’une illusion comptable.