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CEAG : une ambition de souveraineté menacée par les failles logistiques du Gabon

Présentée comme un instrument clé pour stabiliser les prix et renforcer la souveraineté alimentaire, la Centrale d’Achat du Gabon (CEAG) peine déjà à convaincre. Minée par les lourdeurs portuaires, les contraintes réglementaires et le risque d’une captation par le privé, l’initiative pourrait manquer son objectif : protéger les consommateurs.

Des ambitions freinées par la logistique

Chargée d’assurer l’approvisionnement du pays en produits essentiels, la CEAG doit composer avec une réalité implacable. Selon l’Indice de performance logistique (LPI) de la Banque mondiale, le Gabon se classe 115ᵉ sur 139 pays en 2023. Le séjour moyen des conteneurs dans les ports atteint 11,4 jours, un délai qui compromet la rapidité des livraisons et fragilise la promesse de prix stables.

À ces lenteurs s’ajoute le poids de la réglementation. L’Indice STRI de l’OCDE souligne les obstacles persistants : 66,7 dans les services professionnels, 62,4 dans les communications et 67 dans les transports. Des scores supérieurs aux moyennes africaine et mondiale, synonymes de procédures lourdes et de surcoûts pour la CEAG.

Le spectre d’une captation par le privé

Au lieu de servir directement les ménages, la CEAG pourrait paradoxalement profiter en priorité au secteur privé. Confronté aux barrières logistiques, l’État serait tenté de déléguer une grande partie de l’approvisionnement à des opérateurs privés. Résultat : une centrale réduite au rôle d’intermédiaire, où les économies d’échelle seraient absorbées en amont, sans retombées visibles sur les prix pour les consommateurs.

Pire encore, la centralisation des achats sans amélioration des infrastructures – routes, chemins de fer, ports – risque d’accentuer les déséquilibres territoriaux. Les grandes villes, mieux desservies, capteraient la majorité des volumes au détriment des provinces enclavées.

Centraliser sans réformer : un pari risqué

La CEAG illustre un paradoxe : vouloir rationaliser l’approvisionnement national sans corriger les fondations logistiques qui le sous-tendent. Or, sans modernisation vigoureuse des ports, corridors routiers, réseaux ferroviaires et services douaniers, la centrale risque de se transformer en simple outil de redistribution vers le privé.

À défaut d’une réforme structurelle, la promesse de souveraineté alimentaire pourrait bien s’éroder, laissant les consommateurs face aux mêmes difficultés et renforçant l’idée d’un État dépendant de ses propres failles logistiques.

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