Budget 2026 : Vers une cure d’austérité qui pourrait coûter cher au social ?
Com dAfrik / 4 heures
3 novembre 2025
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Sous pression après la critique de Fitch Ratings qualifiant « d’irréaliste » le projet budgétaire initial fixé à 7 233 milliards FCFA, les autorités gabonaises ont revu leur copie et amorcé un tournant budgétaire strict.
Selon la version révisée du Projet de Loi de Finances 2026, le ministre d’État Henri-Claude Oyima a procédé à la suppression de 25 postes de dépenses, permettant d’économiser près de 153 milliards FCFA.
Parmi les décisions les plus marquantes :
Suppression des subventions aux médicaments (17,9 milliards FCFA)
Fin des aides sur la farine et aux ménages (3,1 milliards FCFA)
Chute massive des subventions sur le carburant (de 88 à 12,2 milliards FCFA)
Arrêt des remboursements de TVA aux entreprises hors secteur pétrolier (30,2 milliards FCFA)
En parallèle, une taxe de 9% sur l’électricité sera instaurée — à l’exception des foyers les plus modestes.
L’exécutif assure vouloir réorienter les ressources vers l’investissement, avec un budget prévisionnel de 3 200 milliards FCFA, une hausse spectaculaire de +570%. Toutefois, cet ajustement pourrait fragiliser davantage les ménages et entraîner une pression inflationniste accrue. Le spectre de mouvements sociaux, à l’image de ceux observés au Kenya en 2024, n’est pas écarté.
Malgré la controverse, le ministre d’État se veut rassurant, évoquant 61 milliards FCFA dédiés aux dispositifs sociaux, soit +11 milliards par rapport à 2025, pour protéger les foyers vulnérables. Une réponse adressée notamment au député Geoffroy Foummboula Libeka, qui a voté contre le texte, dénonçant le risque d’appauvrissement des populations.
Ce choix budgétaire marque un moment charnière pour le Gabon. En privilégiant la relance économique par l’investissement plutôt que par la consommation, le gouvernement prend un pari audacieux — mais potentiellement explosif sur le plan social.
Si cette stratégie peut attirer les investisseurs et redonner souffle aux infrastructures, elle intervient dans un contexte de tensions économiques mondiales, de marché obligataire instable et d’absence d’accord avec le FMI.
Les réformes paraissent ambitieuses, mais la question centrale demeure : le pays est-il prêt à absorber un tel choc social ?
Entre nécessité de stabiliser les finances publiques et préservation du pouvoir d’achat, l’équilibre sera délicat. Si les mécanismes de protection sociale annoncés ne suffisent pas, le gouvernement pourrait être contraint de réviser sa trajectoire — sous la pression populaire ou financière.
L’année 2026 s’annonce comme un test grandeur nature pour la gouvernance économique du pays et la capacité des institutions à accompagner des réformes aussi sensibles que stratégiques.