Les autorités béninoises ont annoncé, ce dimanche 7 décembre, avoir empêché une tentative de renversement du pouvoir. Des militaires étaient apparus à la télévision publique pour déclarer la destitution du président Patrice Talon. Mais dans quel contexte cette tentative de prise de pouvoir a-t-elle émergé ?
Le pays traverse une période particulièrement sensible, alors que l’Afrique de l’Ouest est marquée depuis plusieurs années par une succession de coups d’État — du Mali à la Guinée-Bissau, en passant par le Burkina Faso, le Niger et la Guinée. Cette nouvelle tentative de putsch au Bénin s’inscrit donc dans un environnement régional déjà fortement déstabilisé.
Une transition politique imminente mais contestée
Patrice Talon, annoncé en sécurité par son entourage, doit quitter ses fonctions en avril prochain après deux mandats. S’il maintient sa décision de ne pas briguer un troisième mandat, la transition qu’il prépare suscite de vives critiques.
Son successeur désigné, Romuald Wadagni, actuel ministre de l’Économie, a été investi par la majorité pour représenter le pouvoir aux prochaines élections.
L’opposition, quant à elle, dénonce un verrouillage du paysage politique : plusieurs formations se voient exclues des scrutins, réduisant considérablement le pluralisme démocratique.
Un contexte de tensions sécuritaires dans le nord
Depuis 2021, les zones frontalières du Bénin avec le Niger et le Burkina Faso sont frappées par une intensification des violences djihadistes.
Des attaques meurtrières ont visé les forces de sécurité, notamment celle du 17 avril 2025 dans le parc national W, qui a coûté la vie à 54 soldats.
Ces offensives répétées minent la stabilité du pays et mettent à rude épreuve l’autorité de l’État.
Les militaires impliqués dans la tentative de coup d’État affirment avoir agi en réaction à :
- la dégradation de la situation sécuritaire dans le nord,
- le manque de soutien aux familles des soldats tués,
- et l’attribution jugée injuste de promotions au sein de l’armée.
🔎 Le regard de Com d’Afrik
En tant que média panafricain, Com d’Afrik analyse cette tentative de putsch comme le symptôme d’un double malaise : politique et sécuritaire.
1. Une transition politique sous tension
Le passage de relais annoncé pour avril 2025 aurait pu représenter un moment démocratique clé. Mais l’exclusion de l’opposition et la désignation d’un héritier du pouvoir créent un climat de méfiance et accentuent les pressions internes. Le risque, dans un tel contexte, est de voir un processus électoral affaibli avant même son ouverture.
2. Le nord du Bénin, un facteur de fracture profonde
L’extension des violences djihadistes au Bénin rappelle que l’instabilité sahélienne gagne du terrain.
Pour une partie de l’armée, l’impression d’abandon et de manque de reconnaissance nourrit un sentiment de frustration qui peut devenir un terreau fertile pour des actions radicales.
La question sécuritaire n’est donc plus seulement une urgence militaire, mais également un enjeu politique majeur.
3. Une dynamique ouest-africaine préoccupante
La tentative de putsch béninoise s’ajoute à une liste déjà longue d’événements similaires dans la région.
Le phénomène n’est plus isolé : il s’inscrit dans une tendance où les institutions se fragilisent, les transitions s’allongent et les populations perdent confiance dans les mécanismes démocratiques.
L’exception béninoise — longtemps citée comme modèle démocratique — semble aujourd’hui sérieusement mise à l’épreuve.
4. La nécessité d’un sursaut institutionnel
Pour éviter de basculer dans un cycle d’instabilité, le Bénin devra répondre à deux urgences :
- redonner confiance dans le processus électoral,
- et rétablir la sécurité dans le nord en renforçant le lien entre armée, État et populations.
Sans cela, les tensions risquent de persister au-delà de l’élection d’avril.