Afrique : le Gabon en queue de peloton dans la production scientifique sur la période 2016-2025
Com dAfrik / 3 heures
3 novembre 2025
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La performance scientifique africaine révèle de fortes disparités entre les régions du continent. D’après une analyse croisée des données Elsevier-Scopus et du Scimago Institutions Rankings, le Gabon enregistre la plus faible progression de production scientifique entre 2016 et 2025, avec une hausse limitée à 117 %. Ce faible taux situe les chercheurs gabonais parmi les moins prolifiques du continent sur la période étudiée.
Pendant que plusieurs pays africains accélèrent leur production académique grâce à des stratégies d’investissement ciblées, le Gabon peine à suivre la dynamique continentale. À l’opposé du classement, la Somalie (+1 380 %), la RDC (+862 %) et le Liberia (+588 %) s’illustrent par des bonds spectaculaires, portés par une forte volonté de renforcer la recherche après des périodes de crises.
L’Éthiopie (+497 %), le Rwanda (+445 %) et la Sierra Leone (+403 %) confirment, eux aussi, cette montée en puissance scientifique.
Gabon : un retard inquiétant malgré des ambitions affichées
Alors que certains pays améliorent leur visibilité internationale grâce à des partenariats universités-institutions mondiales, le Gabon affiche une progression nettement plus timide. Avec seulement 117 % de croissance, il se situe derrière le Congo-Brazzaville (138 %), la Côte d’Ivoire (139 %) ou encore le Sénégal (141 %).
Selon le rapport, cette situation résulte notamment d’un faible investissement public, du manque d’infrastructures adaptées et d’une fuite persistante des compétences vers l’étranger.
La recherche scientifique étant un indicateur clé de résilience économique, d’innovation et de capacité à faire face aux défis futurs — changement climatique, sécurité alimentaire, santé publique — cette faible dynamique pose question.
Ce classement met en lumière un enjeu stratégique majeur pour le Gabon : l’absence d’un écosystème de recherche suffisamment structuré et financé pour soutenir l’innovation nationale.
Le pays ne manque pourtant ni de potentiel académique ni de ressources naturelles pouvant servir de base à des programmes scientifiques de pointe — notamment en biodiversité, énergie, environnement et sciences médicales.
Mais avec des dépenses en R&D évaluées à moins de 0,2 % du PIB, le Gabon se prive d’un levier essentiel pour se positionner dans l’économie du savoir.
Pour inverser la tendance, plusieurs priorités s’imposent :
✅ renforcer les bourses doctorales et post-doctorales,
✅ moderniser les infrastructures universitaires et technologiques,
✅ stimuler la recherche via des incitations fiscales et partenariats internationaux,
✅ créer des conditions attractives pour retenir les talents locaux.
À l’heure où le monde se transforme et où l’Afrique veut peser dans les débats mondiaux, le retard scientifique gabonais n’est pas simplement une question académique — c’est un défi de souveraineté, de développement et de compétitivité.