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Afrique : cinq années marquées par une succession de renversements politiques

La tentative de putsch survenue au Bénin ce dimanche 7 décembre, finalement déjouée selon les autorités, ravive une réalité préoccupante : le continent traverse une nouvelle vague de changements de régime imposés par la force. Dix coups d’État ont réussi en cinq ans, redessinant profondément les équilibres politiques du Sahel, de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale.

Guinée-Bissau, Madagascar, Gabon, Niger, Burkina Faso, Soudan, Guinée-Conakry, Mali… Autant de pays où l’armée est à plusieurs reprises intervenue pour interrompre un processus démocratique ou remplacer un pouvoir jugé défaillant. La presse anglophone évoque désormais une véritable “ligne des putschs”, une zone où les tentatives de prise de pouvoir militaire se multiplient.

Guinée-Bissau : une élection stoppée net

Le 26 novembre, à la veille de la proclamation des premiers résultats des scrutins présidentiel et législatif, des unités militaires investissent les sites clés de Bissau, arrêtent le président Umaro Sissoco Embaló et suspendent toutes les institutions. La transition annoncée doit durer un an, sous la direction du général Horta N’Tam.
La commission électorale, démunie de ses documents détruits par des hommes armés, se dit incapable de publier les résultats.
La Guinée-Bissau, déjà marquée par une longue histoire de crises, ajoute un nouvel épisode à une série de coups d’État entamée dès son indépendance en 1974.

Madagascar : un basculement porté par une frange militaire

En octobre 2025, le CAPSAT — une unité d’élite de l’armée — rejoint un puissant mouvement de contestation initié par la jeunesse malgache. Le président Andry Rajoelina est renversé, et le colonel Michaël Randrianirina mène désormais une transition annoncée sur 18 à 24 mois, promettant une refondation profonde de l’État.

Gabon : la fin d’une ère politique

Le 30 août 2023, l’armée met fin à 55 ans de règne de la famille Bongo. Moins d’une heure après l’annonce contestée de la réélection d’Ali Bongo, les militaires proclamant la “restauration” de l’État prennent le pouvoir et installent le général Brice Oligui Nguema à la tête de la transition.
En avril 2025, ce dernier est élu président sous la nouvelle Constitution.

Niger : une transition à durée indéterminée

Le renversement du président Mohamed Bazoum en juillet 2023 ouvre une période d’incertitude prolongée. Le général Abdourahamane Tiani prend la tête du pays et rompt progressivement avec les partenaires occidentaux, privilégiant un rapprochement avec les juntes du Mali et du Burkina Faso.
En 2025, la transition est étendue d’au moins cinq années supplémentaires.

Burkina Faso : deux renversements en moins d’un an

En janvier 2022, Roch Marc Christian Kaboré est destitué par des militaires menés par Paul-Henri Sandaogo Damiba. En septembre la même année, Damiba est à son tour écarté au profit du capitaine Ibrahim Traoré.
Depuis, les autorités de transition ont prolongé leur pouvoir, s’éloignant des partenaires occidentaux au profit d’alliances alternatives.

Soudan : un pays englouti par la guerre

Le coup d’État d’octobre 2021, dirigé par le général Abdel Fattah al-Burhan, stoppe net la transition démocratique entamée en 2019. Deux ans plus tard, la rivalité entre le général Burhan et Mohamed Hamdane Daglo plonge le pays dans une guerre civile dévastatrice, qualifiée par l’ONU de “pire crise humanitaire au monde”.

Guinée-Conakry : fin de règne pour Alpha Condé

Le 5 septembre 2021, Alpha Condé est renversé par les forces spéciales, qui annoncent la dissolution du gouvernement et la suspension de la Constitution. Depuis, la transition se poursuit sous la direction du colonel Mamadi Doumbouya.

🔎 Le regard de Com d’Afrik

Cette succession de coups d’État traduit une crise profonde de gouvernance sur le continent. Plusieurs tendances se dégagent :

1. Un rejet croissant des systèmes jugés verrouillés

Dans la majorité des cas, les putschs surviennent dans des pays marqués par une fatigue démocratique : contestations populaires, accusations de fraude, modifications constitutionnelles ou sentiment d’abandon face à l’insécurité.

2. Un basculement géopolitique assumé

Les juntes du Sahel — notamment Mali, Burkina Faso et Niger — redéfinissent leurs alliances, marquant une rupture historique avec les partenaires occidentaux. Cette recomposition crée un nouvel axe militaire qui influence l’ensemble de la région.

3. Une communauté internationale affaiblie

Sanctions, condamnations, suspensions… les réponses classiques ne semblent plus dissuader les leaders militaires. L’efficacité de ces mécanismes est désormais questionnée face à l’évolution du contexte géopolitique.

4. Des transitions qui peinent à se terminer

Le terme “transition” tend désormais à s’étirer dans le temps. Dans plusieurs pays, les périodes annoncées s’allongent, laissant planer le doute sur un retour rapide à un ordre démocratique.

Pour Com d’Afrik, cette situation interroge non seulement la solidité des institutions africaines, mais aussi la capacité du continent à réinventer des modèles politiques qui inspirent confiance aux populations. Une transformation structurelle apparaît indispensable pour éviter que les coups d’État deviennent une norme plutôt qu’une exception.

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