L’affaire opposant Hervé Patrick Opiangah à son ex-compagne, Biloghe Lucie, continue de susciter de vives réactions dans le milieu judiciaire gabonais. Au cœur des interrogations : la régularité de la perquisition et la conformité des saisies, dont la validité est désormais questionnée par les avocats de l’ancien ministre… mais également par l’institution judiciaire elle-même.
Selon des éléments révélés dans l’ordonnance d’instruction, la juge en charge du dossier aurait mis en évidence un point crucial qui contredit la version du parquet. Celui-ci s’appuie essentiellement sur une quittance du Trésor public, document qui apparaît de plus en plus insuffisant pour justifier la légalité de l’opération. L’absence de présentation des scellés à la magistrate ajoute un doute majeur sur la nature et la provenance réelle des objets saisis.
Une chaîne judiciaire qui semble rompue
Le texte signé par la magistrate est sans équivoque :
« Les objets de la cause n’ont jamais été présentés devant nous ».
Or, en procédure pénale, la présentation des scellés au juge d’instruction est une étape obligatoire. Elle garantit la traçabilité des objets saisis et leur conformité aux règles de droit. Ce contrôle doit précéder toute autre formalité, y compris leur dépôt éventuel auprès du Trésor.
Pourtant, la juge n’aurait reçu qu’une quittance datée du 3 décembre 2024, sans aucun procès-verbal ni aucun élément matériel permettant d’attester de la fiabilité des opérations menées le 20 novembre précédent. Lors d’une conférence de presse le 16 novembre, Me Carol Moussavou s’interrogeait déjà :
« Comment restituer des effets que nous n’avons jamais vus ? »
Cette interrogation met en lumière une faille préoccupante : un simple reçu comptable ne saurait remplacer les étapes essentielles de la procédure pénale. D’autant plus que deux semaines se seraient écoulées entre la date de la saisie et le dépôt des biens au Trésor, sans aucun contrôle juridictionnel intermédiaire.
Cette situation soulève un problème de fond : si les règles de base ne sont pas respectées, toute la procédure pourrait être considérée comme entachée d’irrégularités.
🔍 Le regard de Com d’Afrik
En tant que média, notre analyse met en évidence une préoccupation centrale : le respect strict des procédures est l’un des piliers de l’État de droit.
Dans ce dossier, plusieurs signaux d’alerte apparaissent :
- Une absence de traçabilité claire des biens saisis ;
- Une communication institutionnelle minimaliste, qui laisse place à toutes les spéculations ;
- Un rôle du parquet qui interroge, notamment sur la gestion des scellés et la diligence requise ;
- Un risque de précédent dangereux, où des irrégularités pourraient être normalisées au détriment des justiciables.
Pour Com d’Afrik, cette affaire va au-delà du simple litige personnel :
elle met en lumière les failles d’un système judiciaire en quête de rigueur et de transparence. La justice ne peut inspirer confiance que si chaque étape procédurale est respectée avec exactitude. Dans le cas présent, les incohérences relevées par la magistrate sont suffisamment graves pour réinterroger toute la chaîne d’acteurs impliqués.
Ce dossier pourrait devenir un test, non seulement pour clarifier les responsabilités, mais également pour renforcer les mécanismes de contrôle interne au sein du système judiciaire gabonais.