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Marcel Libama dénonce une dérive inquiétante : “Arrêter un journaliste au Gabon, c’est encore trouver un prétexte”
Com dAfrik / 2 semaines
22 octobre 2025
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La prolongation de la garde à vue d’Harold Leckat, directeur de publication du média Gabon Media Time, continue de susciter des réactions fortes au sein de la société civile et de la classe politique.
Ce 20 octobre 2025, lors d’un point de presse organisé par le Collectif des organisations de la presse gabonaise, le député de la Transition Marcel Libama a fustigé ce qu’il considère comme un “recul démocratique”.
Pour le parlementaire, militant syndical et défenseur des droits humains, cette affaire illustre la persistance de méthodes répressives héritées de l’ancien régime.
« Le pouvoir d’Ali Bongo est tombé non pas par excès de démocratie, mais par insuffisance de démocratie », a-t-il rappelé, estimant qu’à l’ère de la Ve République, la presse devrait être protégée, non inquiétée.
Marcel Libama, qui affirme avoir lui-même subi ces dérives, s’est dit préoccupé de voir ressurgir ce qu’il qualifie de “monstres du passé”. Il cite le journaliste Albert Londres :
« Le journaliste doit porter la plume dans la plaie. »
Selon lui, l’arrestation d’Harold Leckat ne serait qu’un symptôme d’un pouvoir encore réticent à assumer pleinement la liberté d’expression.
« Au Gabon, quand on veut arrêter un journaliste, un syndicaliste ou un opposant, on trouve toujours un prétexte », a-t-il martelé, rappelant les précédents cas de Jean-Rémi Yama, Désiré Ename, Jonas Moulenda ou encore Alphonse Ongouo.
⚖️ Une contradiction avec les promesses de la Transition
Le député de la Transition estime que la Ve République ne peut tolérer ce type d’arrestation arbitraire.
« Il est inadmissible qu’on aille cueillir un journaliste à sa descente d’avion. Cela ne devait plus exister dans une République qui se veut nouvelle. »
Il appelle le président de la République à une réaction ferme et immédiate, avertissant :
« Le chef de l’État doit se méfier de ses alliés. C’est ainsi qu’Ali Bongo est tombé. »
Pour Marcel Libama, les accusations financières portées contre le journaliste masquent une volonté d’intimidation politique, liée aux enquêtes publiées par Gabon Media Time. Il plaide pour une libération sans condition d’Harold Leckat, au nom de la dignité du pays et de la crédibilité du processus de transition.
« L’image du Gabon est ternie. Nous devons rompre avec les pratiques d’un autre âge », conclut-il.
Au-delà des réactions politiques, cette affaire révèle un enjeu profond de société : celui de la place du journalisme dans une démocratie en reconstruction.
La parole de Marcel Libama, souvent tranchante, résonne ici comme un rappel à l’ordre républicain. Si la presse reste vulnérable face aux pouvoirs, c’est que la culture de la transparence et du débat contradictoire n’a pas encore pleinement pris racine.
Com d’Afrik observe que l’arrestation d’Harold Leckat dépasse la simple question d’un individu : elle pose celle de la volonté réelle du pouvoir de protéger les libertés publiques dans un contexte de transition politique.
Car toute démocratie se juge à sa capacité à tolérer la critique et à protéger ceux qui la formulent, même quand cette critique dérange.
Cette affaire sera un test décisif pour la Ve République gabonaise : celui de prouver que le changement annoncé n’est pas qu’un slogan, mais une réalité tangible fondée sur le respect du droit, de la dignité et de la presse libre.