Après quinze jours de manifestations violemment réprimées à Madagascar, qui ont déjà fait plus de vingt morts, un tournant décisif s’est opéré ce week-end.
Pour la première fois, une unité stratégique de l’armée, le Capsat (Corps d’Appui à la Sécurité et à la Défense), a rejoint les manifestants du mouvement Gen Z, à l’origine d’une contestation née de revendications simples : accès à l’eau et à l’électricité.
Cette irruption du Capsat dans la crise politique malgache bouleverse profondément les équilibres du pouvoir.
Alors que le président Andry Rajoelina parle de « tentative de prise illégale du pouvoir », le ministre de la Défense a, de son côté, validé la nomination d’un nouveau chef d’état-major, soutenu par les militaires contestataires.
Une décision qui interroge sur la cohésion des forces armées et la véritable nature du mouvement en cours.
Interrogée par RFI, Ketakandriana Rafitoson, vice-présidente mondiale de Transparency International et enseignante en sciences politiques, estime que « nul ne s’était préparé à cette irruption du Capsat dans la donne ».
Elle souligne que, dans l’histoire politique malgache, l’armée a toujours joué un rôle déterminant dans les transitions et les soulèvements populaires.
🔍 Le regard de Com d’Afrik :
Ce qui se joue actuellement à Madagascar dépasse les revendications initiales.
Le ralliement du Capsat à un mouvement citoyen mené par la jeunesse traduit une crise profonde de confiance envers les institutions, mais aussi un changement de paradigme politique.
Le mouvement Gen Z, sans hiérarchie ni leader déclaré, symbolise une nouvelle génération de citoyens plus conscients et connectés, mais vulnérables face aux risques de récupération politique.
La présence de figures de l’ancienne classe politique, comme Marc Ravalomanana, sur la place du 13-Mai, illustre cette tension entre espoir de renouveau et tentation de manipulation.
Pour Com d’Afrik, la situation malgache représente un moment charnière pour la démocratie dans l’océan Indien : entre la volonté populaire d’un changement profond et la tentation d’une répétition des cycles politiques du passé.
Les prochains jours seront décisifs pour savoir si le mouvement Gen Z parviendra à transformer cette colère sociale en un projet politique structuré et pacifique.