Depuis le 1er octobre, l’Agence gabonaise de sécurité alimentaire (AGASA) est paralysée par une grève générale illimitée initiée par le Syndicat national des travailleurs (SYNATA).
Face à cette situation, son directeur général, Jean Delors Biyogue Bi Ntougou, a rompu le silence le 2 octobre lors d’une conférence de presse à Libreville.
Selon lui, ce mouvement social n’aurait rien de revendicatif : il serait orchestré par des personnes cherchant à protéger des pratiques de corruption mises à mal par les réformes en cours.
Une mission de redressement difficile
Nommé le 28 décembre 2024, le directeur général affirme avoir reçu pour mission présidentielle de « redresser, restructurer et redynamiser » l’agence.
Dès son arrivée, il dit avoir découvert une institution fragilisée par des détournements financiers, une démobilisation du personnel et une dette de près d’un milliard de FCFA.
Pour y remédier, Jean Delors Biyogue a mis en place de nouvelles délégations provinciales et des brigades de contrôle sanitaire permanentes dans l’Estuaire (Owendo, Akanda, Libreville). Ces mesures, selon lui, ont permis de sécuriser les recettes et de limiter les abus.
« Avant, un établissement pouvait être fermé pour non-conformité et rouvrir deux jours plus tard sans que la direction ne soit informée. Comment expliquer cela, sinon par la corruption ? », a-t-il dénoncé.
Des intérêts remis en cause
Le directeur général estime que la grève actuelle est avant tout la réaction de réseaux internes perdant leurs avantages et leur pouvoir d’influence.
« Ceux qui tiraient profit du système depuis plus de 14 ans refusent la transparence », a-t-il accusé, tout en réaffirmant que sa réforme vise à remettre l’AGASA au service de sa mission : garantir la sécurité sanitaire des aliments pour les Gabonais.
Le regard de Com d’Afrik
Cette crise illustre la difficulté de réformer une institution minée par des pratiques enracinées. Si le discours du directeur général met en avant la volonté de transparence et de redressement, il soulève aussi une interrogation majeure : la réforme de l’AGASA peut-elle réussir sans dialogue social avec les syndicats ?
La confrontation actuelle révèle un enjeu double :
- interne, car l’assainissement d’une institution implique de briser des résistances puissantes,
- public, car la sécurité alimentaire est un sujet sensible qui touche directement les citoyens.
En filigrane, ce bras de fer pose une question de gouvernance : comment concilier la lutte contre la corruption et la nécessité de préserver la paix sociale ? Si l’État échoue à trouver cet équilibre, le risque est grand que la légitimité des réformes soit affaiblie, au détriment de l’efficacité de l’AGASA.