Dans une tribune publiée sur Village de la Justice, la juriste française Gaële Dressayre, spécialiste en contentieux des affaires, s’interroge sur la récente orientation du gouvernement gabonais visant à réserver certaines activités de l’économie informelle aux seuls ressortissants nationaux.
Selon elle, si l’objectif affiché est de protéger et renforcer l’entrepreneuriat local, une telle mesure doit reposer sur une base juridique solide. En l’état, elle pourrait soulever des tensions avec des droits fondamentaux tels que la liberté d’entreprendre et le droit au travail garantis par la Constitution gabonaise.
La juriste invite donc le gouvernement à s’inspirer du cadre structuré du secteur formel – où l’emploi des étrangers est déjà encadré – afin de concevoir une approche équilibrée, proportionnée et légitime.
✨ Le regard de Com d’Afrik
Cette réflexion met en lumière une tension fondamentale entre souveraineté économique et respect des normes juridiques nationales et supranationales. La volonté politique de privilégier les Gabonais dans certains métiers de l’informel répond à une aspiration légitime de protection sociale et de lutte contre le chômage.
Cependant, l’expérience d’autres pays africains montre que de telles mesures peuvent produire des effets inverses : multiplication des pratiques de contournement (prête-noms, sous-location), tensions sociales accrues, ou encore contradictions avec les engagements communautaires, notamment au sein de la CEMAC, qui consacre la libre circulation et l’égalité de traitement entre ressortissants.
Le véritable enjeu sera donc d’éviter une simple logique d’exclusion et de bâtir un dispositif juridique clair, cohérent et applicable, conciliant protection des nationaux, stabilité sociale et respect des obligations internationales du Gabon. Sans cela, la préférence nationale risque de rester un slogan plus qu’une solution durable.