Les résultats de l’inventaire du patrimoine immobilier de l’État, présentés lors du Conseil des ministres du 4 décembre 2025, ont mis en lumière une situation pour le moins alarmante. Malgré l’engagement pris en mai 2025 de revoir en profondeur les contrats locatifs publics, l’administration continue de dépenser annuellement plus de 2,2 milliards FCFA pour 24 immeubles totalement vacants, souvent en état de dégradation avancée.
Selon le rapport rendu public, ces “baux dormants” représentent à eux seuls près de 10 % du budget global consacré aux loyers de l’État. L’audit a examiné au total 91 baux dont le loyer mensuel dépasse 500 000 FCFA, pour une charge annuelle cumulée atteignant 24,666 milliards FCFA.
Des contrats coûteux, vides… et irréguliers
Parmi les 91 baux passés au crible :
- 24 sont inoccupés depuis plusieurs années, pour un coût annuel de 2 293 018 320 FCFA ;
- 67 présentent des anomalies fiscales majeures, notamment l’absence de paiement de la TSIL et de l’IRPP, générant un manque à gagner de 3,059 milliards FCFA pour le Trésor public.
Le gouvernement a ordonné la résiliation ou la renégociation immédiate des contrats problématiques, ainsi que la récupération des arriérés fiscaux dus. Les estimations officielles laissent entrevoir une économie potentielle de 8,324 milliards FCFA par an, soit plus du tiers du budget alloué à ces 91 baux.
🔎 Le regard de Com d’Afrik
Cette affaire illustre une nouvelle fois les limites persistantes du système de gestion du patrimoine public au Gabon. Malgré les réformes institutionnelles en cours, les pratiques opaques et les dérives administratives restent profondément ancrées. L’existence de bâtiments abandonnés mais continuellement payés révèle non seulement un manque de contrôle interne, mais également une absence de mécanismes de reddition des comptes.
Plus inquiétant encore, ces irrégularités fiscales – 67 contrats sur 91 – soulèvent la question de la complicité, volontaire ou involontaire, d’acteurs internes et externes. Elles posent un véritable défi de gouvernance, à un moment où l’État affirme vouloir restaurer la discipline budgétaire et optimiser ses ressources.
La mise en œuvre rapide des mesures annoncées sera un test crucial : celui de la capacité des autorités à aller au-delà de l’effet d’annonce pour instaurer une transparence durable. Pour la population, l’exigence est claire : que cesse enfin la dilapidation de l’argent public, et que les responsables rendent des comptes, sans exception.