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Transition gabonaise : le ministre Pascal Ogowe Siffon placé sous surveillance rapprochée

Le climat se tend autour de Pascal Ogowe Siffon, ministre du Tourisme Durable et de l’Artisanat, désormais assigné à résidence depuis le week-end du 30 novembre au 1er décembre 2025.
D’après des sources concordantes proches du dossier, le ministre aurait été intercepté alors qu’il tentait de quitter discrètement Libreville par voie terrestre. Il a ensuite été reconduit à son domicile, désormais placé sous surveillance permanente.

Cette mesure, exceptionnelle pour un membre du gouvernement encore en fonction, est justifiée par un « risque de fuite avéré », dans un contexte où les autorités jugent les frontières nationales particulièrement vulnérables. Une source judiciaire interroge : « Quand on n’a rien à se reprocher, pourquoi chercher à quitter précipitamment la capitale ? »

L’enquête, conduite par le Parquet de la République, vise un détournement présumé de plus de 10 milliards de FCFA. Les fonds concernés proviendraient notamment :

  • des budgets destinés au développement touristique,
  • des revenus issus d’hôtels réquisitionnés par l’État,
  • des dispositifs PID et PIH,
  • et d’autres enveloppes dédiées à des projets structurants.

Ces ressources devaient financer des projets touristiques d’envergure — éco-lodges, infrastructures stratégiques, acquisitions dans des zones emblématiques telles que Mont Bengoué, Pointe Denis ou le Parc National de la Lopé. Or, aucun chantier majeur ne semble avoir vu le jour. Les enquêteurs évoquent des « irrégularités systématiques » et des fonds qui se seraient « volatilisés » via des circuits financiers opaques.

Cette arrestation marque une étape clé dans l’opération « Mains Propres », menée par les autorités de la Transition. Contrairement à d’autres cadres déjà incarcérés ou jugés, Pascal Ogowe Siffon incarnait l’image d’un technocrate “reconverti” après la chute du régime Bongo. Maintenu au gouvernement puis promu à un poste stratégique, il représentait une figure de continuité institutionnelle.

Son placement en résidence surveillée — une première pour un ministre en exercice sous la Ve République gabonaise — envoie un message sans ambiguïté : aucune fonction politique ne protège désormais des poursuites pour corruption. Les jours qui suivent seront décisifs pour déterminer si cette mesure demeurera préventive ou évoluera vers une détention formelle.

Le regard de Com d’Afrik

Sur le plan journalistique, cette affaire illustre la radicalisation progressive de la stratégie anticorruption engagée depuis la Transition. La mise en cause d’un ministre en exercice, à ce niveau de responsabilité, montre que la campagne « Mains Propres » entre dans une phase plus profonde, ciblant désormais les figures longtemps perçues comme intouchables.

Ce dossier révèle aussi une fragilité structurelle dans la gestion des fonds publics, en particulier dans des secteurs sensibles comme le tourisme, censé être un moteur de diversification économique. Le fait que plus de 10 milliards de FCFA aient été engagés sans qu’aucun projet majeur n’ait émergé interroge sur la gouvernance, le contrôle interne et les mécanismes de transparence au sein des administrations.

Enfin, cette arrestation pose une question fondamentale : la Transition parviendra-t-elle à associer rigueur judiciaire et stabilité institutionnelle ?
La manière dont ce dossier sera traité — dans le respect du droit, de la présomption d’innocence et de la nécessité d’assainir la gestion publique — aura un impact significatif sur la crédibilité du processus en cours et sur la confiance de la population.

 

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