Pour l’économiste bissau-guinéen Carlos Lopes, figure majeure de la pensée africaine, l’heure n’est plus aux déclarations symboliques : l’Afrique attend du concret, du mesurable et surtout du durable.
Selon lui, la fragmentation du paysage international — entre absences stratégiques, rivalités géopolitiques et nouveaux équilibres — rappelle une évidence : le continent ne peut plus dépendre d’acteurs extérieurs pour impulser sa transformation. Allégement réel de la dette, financements climat transparents, place décisive dans les instances régulatrices : ce sont là, dit-il, les vrais jalons d’un partenariat crédible.
L’Afrique du Sud, qui tente de naviguer entre G20 et Brics, illustre cette équation complexe. Pretoria bénéficie d’une position unique, mais doit composer avec la pression des grandes puissances, ses défis internes — inégalités, énergie, stabilité politique — et une diplomatie fondée sur l’équilibre plutôt que l’alignement.
Dans un monde où les absences de Washington, Pékin ou Moscou sont devenues des messages diplomatiques à part entière, Carlos Lopes rappelle une priorité : renforcer les capacités locales, organiser la fiscalité, stopper l’évasion financière et solidifier les marchés régionaux. Sans cela, l’Afrique continuera à négocier en position de faiblesse, quel que soit le forum international.
🔎 Le regard de Com d’Afrik
En tant que média panafricain engagé, Com d’Afrik observe dans ce moment géopolitique une transition déterminante pour la gouvernance mondiale.
Ce G20 « africain » expose à la fois **la vulnérabilité du multilatéralisme actuel** et **la maturité croissante des positions africaines**.
Le discours de Carlos Lopes retentit comme un avertissement : **sans une stratégie proactive et un front coordonné**, le continent risque de demeurer spectateur d’un jeu dont les règles sont fixées ailleurs.
Cependant, cette fragmentation internationale offre aussi une fenêtre d’opportunité : **l’Afrique peut imposer ses priorités**, à condition d’unir ses voix, d’exiger de vrais engagements et de consolider ses leviers internes.
Pour Com d’Afrik, la question centrale n’est pas de savoir si le G20 écoutera l’Afrique, mais si l’Afrique saura parler d’une seule voix au monde.