La décision des autorités tunisiennes de suspendre pour trente jours les activités de l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD) continue de provoquer une onde de choc. Pour l’avocate et militante Yosra Frawes, cette mesure n’est pas une simple procédure administrative, mais le symptôme d’un recul profond des droits et des libertés.
Elle rappelle que Kaïs Saïed n’a jamais manifesté d’engagement réel en faveur des droits des femmes, ni des avancées démocratiques, un constat renforcé par ses déclarations passées sur l’égalité successorale — un projet qu’il avait lui-même enterré dès 2020.
Ce geste politique intervient dans un contexte où l’espace civique tunisien se rétrécit depuis plusieurs années. La dissolution des contre-pouvoirs, les attaques répétées contre les institutions démocratiques et les discours de stigmatisation ont progressivement assombri le paysage des droits humains. La suspension de l’ATFD apparaît alors comme un signal supplémentaire adressé à toutes les voix critiques du régime.
Un pouvoir qui invoque le droit… pour faire taire le droit
Le paradoxe est frappant : les autorités justifient leur décision en invoquant le non-respect du décret-loi n° 88 sur les associations, notamment son article 3 dédié au respect de la démocratie, de l’égalité et des droits fondamentaux.
C’est ce même texte qui avait permis une explosion du dynamisme associatif après la révolution de 2011 — un héritage aujourd’hui fragilisé.
Pour beaucoup d’observateurs, l’argumentaire du gouvernement relève davantage de la mise en scène juridique que d’un véritable manquement de l’ATFD.
Le regard de Com d’Afrik
Cette suspension doit être lue comme une étape supplémentaire dans le recentrage autoritaire du pouvoir tunisien. En tant que média africain engagé, Com d’Afrik observe une tendance inquiétante : la normalisation de mesures administratives destinées à neutraliser les organisations indépendantes.
L’ATFD n’est pas seulement une association féministe : elle est l’un des symboles de la résistance citoyenne tunisienne, un acteur qui a documenté, analysé et dénoncé sans relâche les violences faites aux femmes et les dérives institutionnelles.
La mettre au silence temporairement, c’est tenter d’étouffer un pan essentiel de la société civile et de ses capacités de vigilance.
Pour Com d’Afrik, cette affaire dépasse le cadre tunisien : elle illustre un risque croissant sur le continent — celui d’un retour progressif des régimes coercitifs utilisant la légalité comme façade.
La question centrale reste entière : combien de temps une démocratie peut-elle résister lorsque ses garde-fous sont méthodiquement démantelés ?