Com d'Afrik

Sylvia et Noureddin Bongo : non incarcérés, mais placés sous assignation à résidence

Contrairement à ce que laisse penser une partie de l’opinion publique, Sylvia Bongo Ondimba et son fils Noureddin Bongo Valentin n’ont jamais été incarcérés au sens strict du terme.
Leur situation judiciaire relève d’un régime d’assignation à résidence, une mesure légale prévue par le Code de procédure pénale gabonais, et non d’une détention pénitentiaire classique.

Selon des sources proches du dossier, cette mesure a été décidée par l’autorité judiciaire compétente, après le mandat de dépôt initial, conformément à l’article 143 du Code de procédure pénale.
Celui-ci stipule que :

« Dans les cas où un inculpé ou un accusé est laissé ou mis en liberté provisoire, le juge d’instruction ou la juridiction compétente peut lui assigner pour résidence un lieu d’où il ne doit pas s’éloigner sans autorisation expresse du juge. »

Cette liberté sous surveillance permet donc à la personne concernée de demeurer hors des murs d’une prison, mais sous contrôle judiciaire permanent.
Comme l’explique un magistrat cité par Gabon Media Time, il s’agit d’une mesure « garantissant la représentation du prévenu, sans recourir à la détention préventive lorsqu’elle n’est pas strictement nécessaire ».

Dans le cas précis de l’ancienne Première dame et de son fils, ce choix tiendrait à plusieurs paramètres sensibles : leur statut, leur état de santé et la volonté de la justice de préserver l’équilibre procédural tout en assurant un contrôle effectif.

Enfin, il convient de souligner que cette décision émane du pouvoir judiciaire et non du pouvoir exécutif.
Les déclarations du président Brice Clotaire Oligui Nguema, affirmant que « Sylvia et Noureddin Bongo n’étaient pas en prison », reposaient donc sur une base juridique précise.

📰 Le regard de Com d’Afrik

Cette clarification apporte une lecture nouvelle de l’affaire Bongo, souvent jugée à travers le prisme émotionnel ou politique.
L’assignation à résidence, loin d’être un privilège, s’inscrit dans une logique juridique de proportionnalité — un équilibre entre contrôle, dignité et présomption d’innocence.

Toutefois, cette mesure interroge : dans un pays où la majorité des prévenus ordinaires ne bénéficie pas de telles dispositions, elle alimente la perception d’une justice à deux vitesses.
Si la décision du juge s’inscrit dans la légalité, elle révèle aussi la difficulté de concilier équité judiciaire et considérations de rang social dans une affaire hautement symbolique.

En arrière-plan, c’est la crédibilité de la justice gabonaise qui se joue : une justice capable d’appliquer le droit sans céder aux pressions politiques, mais également sans conforter le sentiment d’inégalité devant la loi.
Ce dossier, emblématique de la nouvelle ère post-Bongo, sera donc un test majeur pour l’indépendance du pouvoir judiciaire et la confiance des citoyens dans ses institutions.

Leave a comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *