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Mauritanie : La Cour suprême scelle le sort de Mohamed Ould Abdel Aziz, symbole d’une justice en mutation
Com dAfrik / 11 minutes
7 novembre 2025
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En Mauritanie, la Cour suprême a confirmé ce 4 novembre la condamnation à quinze ans de prison de l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz, reconnu coupable d’enrichissement illicite et de trafic d’influence.
Cette décision met un point final à un long feuilleton judiciaire et consacre la chute politique définitive de celui qui a dirigé le pays entre 2008 et 2019, après un coup d’État militaire qui l’avait porté au pouvoir.
Condamné initialement à cinq ans de réclusion en décembre 2023, l’ex-chef d’État avait vu sa peine alourdie à quinze ans en mai 2025 par la cour d’appel, laquelle l’avait jugé coupable d’avoir amassé une immense fortune grâce à l’exploitation abusive de ses fonctions.
Âgé de 69 ans, Abdel Aziz purge désormais sa peine à Nouakchott, sous la présidence de son ancien compagnon d’armes et aujourd’hui rival, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani.
Ce verdict, rare sur le continent, illustre une volonté inédite de rendre des comptes au plus haut niveau de l’État, rompant avec la tradition d’impunité souvent associée aux dirigeants africains déchus.
Au-delà du cas individuel de Mohamed Ould Abdel Aziz, cette décision historique marque une évolution profonde dans la culture politique mauritanienne.
Pour Com d’Afrik, ce jugement n’est pas seulement une victoire judiciaire : il représente une affirmation de la souveraineté de la justice face à la toute-puissance du politique.
Dans un continent où la lutte contre la corruption reste souvent symbolique, la Mauritanie envoie ici un signal fort — celui d’un État qui tente de réaffirmer la primauté du droit sur les réseaux d’influence et les logiques de clan.
Cependant, cette décision soulève aussi des interrogations : s’agit-il d’une réelle indépendance de la justice ou d’un règlement de comptes politique entre anciens alliés ?
Quoi qu’il en soit, cette condamnation marque une rupture avec l’impunité d’hier et pourrait, si elle inspire d’autres pays, redéfinir les contours de la responsabilité politique en Afrique.