FGIS : Le Fonds gabonais d’investissement stratégique face à une dette colossale de 27 milliards FCFA
Com dAfrik / 2 heures
4 novembre 2025
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Créé en 2012 avec un capital de 305 millions d’euros (environ 200 milliards FCFA), le Fonds gabonais d’investissement stratégique (FGIS) était censé propulser la diversification économique du Gabon et réduire sa dépendance au pétrole.
Mais aujourd’hui, le fonds est en grande difficulté, avec une trésorerie représentant seulement 10 % de son capital initial et un portefeuille d’actifs de 522 millions d’euros dont près de la moitié est dépréciée.
Une série d’investissements coûteux et politiquement motivés a miné sa rentabilité : des projets comme Earthlab, Tropical Holding ou l’African Music Institute ont été abandonnés après des pertes cumulées de plusieurs milliards de FCFA. Des collaborations avec des partenaires controversés ont également aggravé la situation, avec des investissements dans des sociétés fantômes n’ayant jamais généré d’activité.
Après la chute de Serge Thierry Mickoto Chavagne en 2019, son successeur Akim Daouda a tenté de professionnaliser le fonds, avec des projets plus structurants comme le barrage de Kinguélé Aval ou des participations dans Gabon Telecom. Mais les pressions politiques sont restées présentes, et des décisions comme le renflouement de la SEEG ou de Handling Partner Gabon ont continué à peser sur les finances du fonds.
Depuis le coup d’État d’août 2023 et sous le contrôle du nouveau régime, le FGIS a perdu son autonomie. En octobre 2025, la décision de verser tous les dividendes de ses filiales au Trésor public menace directement sa solvabilité. Aujourd’hui, le fonds doit faire face à 27 milliards FCFA de dettes bancaires, dont 12 milliards à régler d’ici la fin de l’année, exposant le Gabon au risque d’un défaut de paiement.
Le cas du FGIS illustre parfaitement les dérives d’un outil initialement conçu pour le développement économique mais transformé en instrument de pouvoir politique.
Les erreurs de gouvernance, le manque de transparence et les décisions motivées par des intérêts personnels ou familiaux ont miné la crédibilité et l’efficacité du fonds.
Aujourd’hui, le défi pour le Gabon est double : restaurer la confiance des investisseurs et redéfinir la mission du FGIS pour qu’il devienne réellement un levier de diversification économique, et non une vitrine politique.
Cette situation rappelle que pour réussir un projet stratégique de cette ampleur, la rigueur financière, l’indépendance institutionnelle et la supervision professionnelle sont indispensables.