Gabon : l’usage de la force policière au cœur des inquiétudes citoyennes
Com dAfrik / 3 heures
3 novembre 2025
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Une récente enquête d’Afrobarometer révèle une profonde défiance entre la population gabonaise et les forces de l’ordre. D’après les données publiées, près de deux tiers des citoyens estiment que la police recourt trop souvent à la force contre les manifestants, tandis que 57 % dénoncent un usage excessif lors des arrestations de suspects.
Ces chiffres illustrent une perception alarmante : pour une majorité, la police apparaît davantage comme une entité répressive qu’un corps chargé de protection. Dans un contexte où les mouvements sociaux sont régulièrement encadrés par des dispositifs sécuritaires rigoureux, les témoignages de violences – coups, intimidations, interpellations agressives – entretiennent un sentiment de crainte parmi les citoyens.
« Ils nous traitent comme des adversaires, pas comme des citoyens », confie un syndicaliste à un média local, décrivant une réalité où les rassemblements pacifiques peuvent virer à la confrontation.
Une pratique loin des normes internationales
Les standards des Nations unies prônent un recours à la force encadré, proportionné et exceptionnel. Pourtant, 68 % des Gabonais accusent la police d’effectuer des contrôles et arrestations abusives, notamment contre des automobilistes. Ces perceptions soulèvent une question essentielle : où se situent les garde-fous institutionnels ?
Si les dérives sont commises sur le terrain, les responsabilités remontent jusqu’aux plus hauts niveaux de commandement. Malgré les engagements officiels et annonces de réformes, l’absence de sanctions visibles et de mécanismes de contrôle indépendants nourrit l’idée d’une impunité persistante.
Restaurer la confiance : un enjeu majeur pour l’État
Pour regagner la confiance publique, les citoyens attendent une police mieux formée, transparente, et respectueuse des droits humains. Sans évolution structurelle, chaque attroupement ou simple contrôle risque d’être perçu comme une confrontation potentielle plutôt que comme une mission de protection.
L’analyse de ces données met en lumière un défi central : la construction d’un État de droit ne peut se faire sans une police crédible et contrôlée. Au-delà des annonces politiques, c’est la capacité de l’État à instaurer un système de reddition de comptes, à professionnaliser les forces et à garantir l’impartialité des enquêtes qui sera déterminante.
La violence policière, lorsqu’elle devient systémique ou perçue comme telle, fragilise les institutions, polarise le débat public et alimente les frustrations sociales. Dans une période marquée par des attentes fortes en matière de gouvernance et de justice, le Gabon n’a pas le luxe d’ignorer la question de la discipline, de la transparence et du respect des libertés publiques.
Réformer n’est plus une option : c’est une nécessité stratégique pour renforcer la cohésion nationale et éviter que la distance entre citoyens et forces de l’ordre ne devienne un fossé irréversible.